vendredi 17 février 2012

Les enfants aiment !

Les enfants aiment !


J’aime l’école
Dit Nicole,
J’aime la maîtresse
Dit Agnès,
Tu es mon copain
Dit Romain
Ce que je préfère
Dit Bérengère,
C’est la trottinette
De ma sœur Claudette !

Il n’y a rien à faire
Dit Pierre
J’aimerai toujours Marina
La copine de Julia
J’aime aussi manger
Annonce fièrement Didier
De préférence des bonbons
Lui répond Raymond
Ce que je préfère
Dit Bérengère,
C’est encore ne rien faire !

Je suis le plus beau
Dit Arnaud,
Je t’aime maman
Murmure Guérand,
Regarde ma jolie voiture
Dit Arthur,
Ce que je préfère
Dit Bérengère,
Ce sont les blagues de mon père !

 

ANNAICK

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Le destin de Julie

Le destin de Julie

                                                                                                                                    à Julia,

chapitre 1

La famille de Julie

Nous sommes en 1970, Paul Morin vie paisiblement dans une grande ferme dans le Centre France. Voici 20 ans qu’il y séjourne en compagnie de sa mère Anémone et de sa sœur Julie. Il est le seul homme de la famille, son père étant mort subitement d’une maladie inconnue, laissant seuls à la ferme, sa femme et ses 2 enfants de 9 et 12 ans. Paul, l’aîné, vit donc auprès de sa mère, jeune veuve de 40 ans et de sa petite sœur âgée aujourd’hui de 15 ans.Depuis 5 ans, la vie n’a pas toujours été facile sans leur père, mais Paul très courageux a pris les affaires en main et maman grâce à l’amour de ses enfants a retrouvé son sourire d’antan. Paul travaille dur à la ferme depuis la disparition de son père. Pas question de continuer les études, il est le seul homme désormais et n’a que seul choix de travailler la terre pour nourrir sa famille.Le Voici donc, 5 ans plus tard. Il est beau garçon Paul. Ses yeux sont bleus azurs, aussi brillants qu’un reflet d’or dans la mare derrière la ferme. Ses cheveux aussi noirs que les corbeaux qui se chamaillent dans les champs à peine labourés, pour quelques vers de terre à manger. Son sourire est franc comme le bonjour de Monsieur le maire du village d’à côté. Il est grand et fort. Aussi fort d’ailleurs que le vieux chêne qui trône fièrement devant la maison depuis plusieurs centaines d’années. Ce vieil arbre a du voir naître la maison et ses habitants. Le courage, la générosité et la fierté font parti de sa personnalité. Le teint mat de son visage, de ses mains et de ses bras laissent à penser que dehors, au soleil, il ne compte pas son temps.Sa mère, Anémone, est très discrète. Blonde avec des reflets roux, ses cheveux sont soyeux et toujours bien lissés. Elle a les yeux bleus elle aussi, comme ses enfants. Elle est une femme élancée, gracieuse, et a toujours le sourire, ce qui lui a laissé avec les jours qui passent des petites rides au coin des lèvres, qui la rendent encore plus attendrissante. Anémone est toujours féminine malgré le fait qu’elle vive dans une ferme. Elle ne se maquille pas, pour deux raison. La première c’est qu’elle n’en éprouve pas le besoin, et la seconde est que dans une ferme, à part les poules, elle ne voit pas grand monde. Mais elle ne quitte jamais sa petite jupe préférée, à la belle saison, fleurie, aux couleurs chatoyantes.

-         Cela me met de bonne humeur pour la journée, dit-elle toujours.

Même si les bottes gâchent un peu la beauté réelle de cette femme ravissante.Julie, est très différente de Paul. Elle est fine et délicate, trop délicate pour certains du village, qui prétendent « qu’elle n’a pas l’air bien la petite ».

Contrairement à Paul, Julie a les cheveux blond comme les blés mûrs d’août, mais les yeux sont aussi bleus que ceux de son aîné. Il est vrai que son teint pâle laisse à penser qu’elle n’est pas en bonne santé. Sans doute un hiver un peu long et cette maudite bronchite qui tarde à guérir… la toux ne cesse de la harceler et la fatigue énormément. Anémone, à beau s’occuper de sa fille, rien n’y fait. Elle tousse de plus en plus et la maladie l’affaiblie chaque jour un peu plus.

Même le médecin de famille qui l’ausculte régulièrement n’y peut rien. Aucun remède n’arrive à enrayer cette vilaine toux. C’est à n’y rien comprendre. Pourvu qu’elle n’ai pas la même maladie que son pauvre père.

Julie se fatigue très vite et les beaux jours de printemps tardent à se montrer cette année. Nous sommes début mai et toujours pas de soleil, la pluie et le froid perdurent et il semble à tout le monde que cette année l’hiver durera toute une année…

Ce matin, le soleil pointe enfin au-dessus de la ferme. La prairie brille de milles diamants, la rosée fraîche fait le bonheur de tout le monde ici.

- Allez Julie, dit maman, aujourd’hui, il fait grand soleil, tu dois respirer l’air frais. Ca va te faire rosir les joues, cela te fera le plus grand bien ma chérie.

- très bien maman, je termine ma toilette et j’arrive.

Il est déjà neuf heures et Paul s’active  aux travaux journaliers de la ferme. Les animaux n’attendent pas et voilà bien deux heures qu’il nourrit les bêtes et vérifie que tout se passe bien autour de son domaine.

- Le Docteur Cochin doit passer dans la matinée ma chérie. Ne t’éloigne pas trop de la maison s’il te plaît.

- Ne t’inquiète pas maman, je vais rester près de la mare à regarder les grenouilles…

Julie s’éloigne, laissant sa mère aux travaux ménagers. La mare n’est pas très grande, mais il y règne une atmosphère particulière que la jeune fille adore. Un vieux saule pleureur y siège en maître des lieux, quelques nénuphars agrémentent joliment la surface de l’eau et procurent ainsi aux grenouilles qui y vivent, de jolis trampolines. Julie se penche et sourit à son reflet dans l’eau.

- Fée, ma bonne fée qui se cache en ce lieu, écoute-moi pour une fois et exauce mon vœux.

A ce moment là, l’eau se trouble, l’image de Julie disparaît…

Au même moment la voiture du Docteur approche, laissant derrière elle un nuage de poussière.

- Julie, Julie, approche donc, voilà le Docteur

- J’arrive maman, j’arrive tout de suite.

- Bonjour Julie, comment vas-tu ce matin ? demande le Docteur en lui tendant la main pour la saluer.

- Et bien Docteur, je me sens bien, mais la toux me fatigue beaucoup.

Ils entrent tous les trois dans la maison, le Docteur et Julie s’isolent dans sa petite chambre et il commence l’auscultation.

- Hum, hum, oui, oui, hum, hum, soupire-t’il, allez, ne t’inquiète pas ma jolie, tout ira bien. Rhabille-toi et rejoins-nous dans la pièce à côté.

- Elle ne va pas très bien Madame Morin, pas très bien…hum…il me semble qu’elle devrait quitter le ferme quelques temps, pour changer d’air, ses bronches et ses poumons m’ont l’air au plus mal. L’air de la mer iodé lui ferait assurément le plus grand bien…hum…connaissez-vous quelqu’un près de la mer ?

- Heu…je ne sais pas…enfin….elle est si jeune docteur….hum…enfin Docteur….je….heu….dites-moi qu’elle va guérir s’il vous plaît !

- Et bien avec de l’air frais, du calme et beaucoup de repos, oui, je suis confiant, elle devrait guérir, mais il va falloir être patient. Avez-vous des proches près de la mer ?

- Soupir…j’ai bien une sœur en Bretagne…mais…elle est un peu folle…enfin à ce qu’on dit dans la famille. Mais avec moi, elle a toujours été bonne et généreuse. Si vous croyez Docteur, que pour le rétablissement de Julie cela est nécessaire, il est évident que Paul et moi, nous l’y conduirons dès que possible.

- Voilà qui est raisonnable madame Morin. Croyez-moi, vous verrez qu’ un nouvel environnement sera bénéfique à la santé de Julie.

- Merci Docteur, je vais contacter ma sœur à Guidel, en Bretagne, je vous tiens au courant. Mais ? Quand Julie sera en Bretagne, comment ferez-vous pour les consultations ? les soins ?

- J’ai un très bon collègue à Lorient, je l’appelle dès mon retour au cabinet pour l’informer de l’état de santé de la petite. Je vais aussi lui transmettre son dossier médical. Je passerai vous rendre visite avant le départ de votre fille, pour vous remettre une lettre de recommandation pour mon collègue Breton afin que tout soit clair…Tout ira bien. Elle va guérir. A bientôt madame Morin.

- A bientôt Docteur. Merci. Merci pour tout. Merci encore. Au revoir Docteur et bonne route.

Quand Julie sort de la chambre, le Docteur est déjà reparti. Comme à son habitude la jeune fille sourit. Elle a l’air d’un ange avec  ses boucles blondes qui retombent sur son front. Le soleil entre dans la pièce un peu sombre d’ordinaire et lui donne ainsi l’air plus gai.

Anémone sourit elle aussi en regardant sa merveilleuse enfant.

- Elle ressemble tant à son père, songe t elle.

- Le Docteur a recommandé une convalescence à la mer. Dit-elle d’un air tranquille à sa fille. Je vais écrire dès aujourd’hui à ma sœur Jeanne qui habite sur la côte Bretonne, près de Lorient. Tu verras Julie, c’est une très belle région et l’air iodé te fera le plus grand bien a assuré le Docteur.

- Je vais donc devoir te quitter maman ? demande elle inquiète

- Oui mon enfant, mais nous nous écrirons chaque semaine.

- Très bien maman, s’il faut que je quitte la maison de mon enfance, la mare aux vœux, mon cher frère et toi même, pour retrouver la santé, je le ferai. Le cœur brisé, mais je le ferai. Pour mieux vous retrouver ensuite. Je dois partir quand ?

- Et bien…dès que j’aurai appelé ta tante Jeanne. Dès qu’elle aura donné son accord pour te recevoir ma chérie. J’espère qu’elle acceptera.

Il est déjà midi et Paul rentre des champs le ventre creux, les mains sales et le visage recouvert de poussière.

- Coucou, sœurette, comment vas-tu ce matin ? Le Docteur ? Il a dit quoi ? Je l’ai vu repartir tout à l’heure. tout va bien ? Vous en faites une tête toutes les deux ! Dites-moi tout s’il vous plaît.

Anémone lui explique la situation. Le départ de sa petite sœur.
La Bretagne. L’air iodé…pour son bien. Julie se jette dans les bras poussiéreux de son grand frère. Elle tremble, sanglote et il faudra à Paul bien des mots pour consoler et calmer Julie. La poussière qui recouvre Paul ne fait qu’aggraver la situation, puisque maintenant une violente quinte de toux la fait se plier et se mettre à genoux, à bout de souffle.

- Assurément il est grand temps que Julie parte au grand air, Dit-il. Ecris vite à tante Jeanne et explique lui la situation. Elle n’est pas si folle qu’on le dit. Un peu extravagante sans doute et imaginative, mais sa gentillesse et sa générosité ne font aucun doute. Elle saura prendre soin et rendre notre Julie heureuse jusqu’à sa guérison.

Tandis que Anémone se précipite vers le bureau pour écrire la lettre, Paul se dirige vers la salle de bain pour se débarbouiller avant le déjeuner. Julie s’éloigne, les yeux embrumés et rougis. Quitter sa famille, la ferme, la mare aux vœux. Elle se demande bien comment elle va faire pour vivre sans tout cela.

- Ma bonne fée, pourquoi refuse-tu de te montrer ? n’es-tu qu’une horrible sorcière finalement ? N’as tu donc aucun cœur pour me laisser ainsi dans la peine ? Comment trouverais-je mon prince charmant loin de chez moi ?

Tant de questions se bousculent en elle. Tant de questions sans réponses. Son reflet n’a rien de magique aujourd’hui, troublé par des larmes qu’elle ne peut retenir. La bise légère ondule le vieux saule qui semble lui aussi pleurer plus qu’à son habitude. Même les grenouilles coassent bizarrement.

L’après-midi parait plus longue qu’à l’ordinaire. Quand le soir tombe et que Anémone appelle pour le dîner, Julie est toujours assise près de la mare et ne semble pas avoir bougé d’un pouce. Seule, sans fée, ni prince.

Le repas est tout aussi triste, bien que Paul tente de radoucir l’atmosphère en racontant quelques blagues et en mimant un singe patibulaire.

Julie embrasse mère et frère en esquivant un sourire pour tenter de les rassurer, mais tout le monde voit bien que le cœur est brisé et que seul le temps et la réflexion parviendront à la rassurer. Elle monte dans sa chambre, ferme la porte et se met à la coiffeuse. Tandis qu’elle se brosse les cheveux, d’un geste lent et sûr pour ne pas les casser, elle observe machinalement la mare qu’elle aperçoit par la fenêtre.

C’est pour cela que Julie avait choisit cette chambre ! la mare…elle y a construit tous ses rêves d’enfant. Chaque centimètre de la mare lui appartient. Elle en connaît tous les détails ainsi que tous les secrets ! ! !

Les cheveux brossés, la toilette terminée, Julie se couche avec regret mais éreintée de cette journée forte en émotions. Elle a du mal à s’endormir, se disant que moins elle s’endormira tôt, plus le temps qui la rapproche du lendemain tardera à venir !

Elle sait aussi que c’est une idée très sotte mais cela la rassure un peu et finalement finit par s’endormir, morte de fatigue.

Chapitre 2

Le départ

La nuit fut bien courte finalement et au petit matin, réveillée par le chant du coq, Julie a bien du mal à ouvrir les yeux.

- Tout va bien, dit-elle tout haut, ce n’était qu’un mauvais rêve.

Elle se penche à la fenêtre. La mare est toujours là, plus belle que jamais.

Paul est sur son tracteur comme d’habitude et maman est déjà en train d’étendre le linge. Le soleil est là, lui aussi. L’hiver est enfin terminé, le froid s’enfuit avec lui, laissant la douceur printanière envahir le domaine.

Vite, Julie se presse, s’habille à la hâte pour aller embrasser sa mère et son frère. Elle court si vite pour traverser la cour qui la sépare d’elle que le souffle lui manque et qu’elle s’évanouit aux pieds de celle qui lui tendait les bras avec affection.

- Mon Dieu, Paul, crie-t-elle, Paul, au secours, vite Judith est tombée, à l’aide, Paul s’il te plaît…

Elle gesticule et saute en agitant les bras jusqu’à ce que Paul s’aperçoive qu’il y a un problème à la ferme et accourt à toutes jambes.

- Que s’est il passé maman ? qu’à t elle ? Va téléphoner au Docteur Cochin, vite maman, presse-toi !

Le temps que le Docteur arrive, Julie a retrouvé ses esprits et ses joues pâles commencent à rosir à nouveau. Paul est toujours aux côtés de sa jeune sœur et lui sourit tendrement en lui caressant le visage.

Le Docteur l’ausculte et le verdict ne tarde pas à tomber comme une lourde sentence.

- Il faut qu’elle parte le plus tôt possible, emmenez-la dès aujourd’hui chez votre sœur, n’attendez pas sa réponse, filez…Julie a grandement besoin d’air pur…sinon…ça lui sera fatal…

C’est à présent la panique chez Les Morin, maman est complètement affolée, Julie n’a pas la force de faire semblant d’aller bien. Heureusement Paul est là pour donner les directives à sa mère.

- Fais ta valise ainsi que celle de Julie. Je vais à la gare chercher les billets de train.

- mais et toi ? Je ne…

- Tais-toi donc maman…et fais ce que je te dis…c’est une question de vie ou de mort à présent…dépêche-toi et n’oublie rien surtout.

Paul quitte la ferme au volant de la voiture de son père.

- Pourvu qu’elle n’ai pas le même problème que papa, songe-t’il.

Quand il rentre à la ferme, les valises sont prêtes, il ne reste plus qu’à les fermer. Elles sont si remplies que sa mère n’a pas réussi à les fermer. Il lui faut s’asseoir dessus pour enfin parvenir à glisser la fermeture.

- Le train est à 11 heures 30 maman, nous avons donc le temps de laisser Julie faire ses adieux à sa mare chérie.

Affectueusement il la soutient jusqu’au lieu soit disant magique pour la jeune fille, l’aide à s’y asseoir pour qu’elle puisse se mirer dans l’eau claire et la quitte discrètement pour ne pas la gêner.

- Cet instant est à elle maman, il ne faut pas la déranger. Laissons-la méditer seule…

- Fée, ma bonne fée qui se cache en ces lieux, il va me falloir te quitter, te laisser, t’abandonner. Peut-être y aura-t-il là-bas aussi une mare où tu pourras me retrouver ? Elles vont me manquer ces chères grenouilles. Et toi, mon vieux saule, mon vieil ami de toujours…auras-tu un des tiens là où je vais ? Comme vous allez tous me manquer mes amis !

L’endroit est calme et serein et rien ne trouble aujourd’hui l’eau pure de la mare. Julie semble regarder ailleurs quand soudain, elle croit apercevoir un visage connu dans l’eau. Pas le sien, mais un autre. Le visage d’une femme bien plus âgée qu’elle. La femme lui sourit tendrement.

Elle porte un drôle de chapeau. Un chapeau tout  rose avec des fleurs.  Il semble même à Julie qu’elle sent l’odeur du jasmin et de la rose.

Comme tout ceci est étrange et pourtant si familier. Rien qui ne lui fasse peur, tout lui semble normal.

La femme lui sourit toujours.

- Tout ira bien mon enfant. Tu seras bien chez ta tante et tu guériras. Tout ira bien rassure-toi jolie jeune fille. Tu retrouveras là-bas la santé… ainsi que… Le sourire de la vieille femme s’élargit encore un peu plus.

- Ainsi que …ton beau prince…n’ai pas peur mon enfant…va ! Je veille sur toi.

Julie n’en crois pas ses yeux et ses oreilles !

- La fée ! c’est la bonne fée……..

- Maman…maman…Paul…Venez vite…

Anémone et Paul arrivent à toutes jambes croyant encore à un malaise tant la jeune demoiselle s’égosille.

- la fée, maman, Paul, la fée est venue…elle m’a parlé…je ne suis plus triste de partir, elle m’a dit qu’elle veille sur moi…je n’ai plus peur.

Julie raconte toute l’histoire sans omettre le moindre détail. Mais son frère ne semble pas  convaincu par les dires très étranges de sa jeune sœur. Quand à Anémone, elle semble un peu gênée et ne sait quoi dire. Paul fait pourtant semblant de la croire pour ne pas l’attrister. Il lance un regard inquiet à sa mère qui lui fait un clin d’œil en signe de contentement. Comme pour lui dire :

- laissons-la croire en ses rêves.

Sur le quai de la gare, Paul tente de rassurer sa mère.

- Aucune inquiétude en ce qui concerne la ferme maman. Enfin…tu me connais maman…oui maman….mais oui maman…je prendrai soin de tout…oui maman….je mangerai à ma faim…ne t’inquiète pas…allez ! Montez dans le train avant qu’il ne parte s’en vous !

- Elles vont me manquer, pense Paul, en baissant la tête une fois le train hors de sa vue.

Chapitre 3

Le voyage

Julie est toute excitée par ce voyage. Pourtant au départ, l’idée de quitter la ferme, ne l’enchantait guère, mais depuis que la fée de la mare lui a parlé, tout à changé pour elle. Elle ne cesse de parler à tout va, de s’émerveiller du changement de paysage qui défile à grande vitesse. C’est la première fois qu’elle voyage en train. C’est d’ailleurs la première fois qu’elle voyage tout court !

Madame Morin ne semble pas s’émouvoir du paysage et de la vitesse du train et s’active à tricoter un pull pour Paul pour l’hiver prochain.

- Maman ? demande Julie.

- Oui ma chérie, qu’y a-t-il ?

- Puis-je aller visiter le reste du train ?

Julie se demande combien de wagons il peut bien y avoir en tout ? Et puis combien de personnes peut-il contenir ? et puis… comment fait-on pour…aller aux toilettes ? tant de questions, qui selon la jeune fille, méritent bien des réponses.

-         Bien ma chérie, mais fait très attention. Ne te penche pas aux fenêtres, si tu te sens fatiguée, assois-toi, ne parle pas aux inconnus, ne suis personne, n’indispose pas les gens avec des questions assommantes, ne…

-         Maman, MAMAN…je ne suis pas un bébé, j’ai 15 ans tout de même, je sais me tenir !

Madame Morin ne semble pas entendre sa fille et continue de la sermonner. Julie quitte le compartiment sans même attendre que sa mère termine.

-         De toute façon, se dit-elle, elle ne finira jamais !

La voici donc à la recherche de nouvelles aventures. Elle commence tout d’abord par aller jusqu’au bout du train, puis décide de refaire le chemin à l’inverse pour compter le nombre exact de wagons. Elle se penche par une fenêtre ouverte et dans un virage elle aperçoit la locomotive qui traîne avec une aisance assurée, les nombreux wagons remplis de passagers.

-         On dirait un long serpent noir, se dit Julie avec un sourire de contentement.

Julie commence à compter…1…2…3…4…jusqu’à en trouver 12. La locomotive tire donc bravement 12 wagons.

-         Allons donc visiter ce train maintenant, se dit-elle.

Premier wagon, le couloir est désert. Chacun des passagers est assis bien sagement dans son compartiment. Dans le premier wagon, rien à signaler de spécial. Mais quand Julie arrive au second il y règne un vacarme épouvantable. Une marmaille s’évertue avec brio il faut bien le dire, à agacer le reste des passagers !

C’est à qui rira le plus fort, à qui attrapera l’autre en premier, il y a là, 2 garçons qui s’acharnent sur les cheveux bouclés d’une petite fille en larme. Apparemment les garçons ont décidés de compter le nombre de boucles de la soyeuse chevelure qui ne ressemble désormais qu’à une immense pelote de laine emmêlée.

Les passagers adultes ne bronchent pas. Il y a même un petit monsieur rondouillard qui sourit au spectacle. Une grand mère tricote en marmonnant quelque chose d’incompréhensible et un beau jeune homme brun semble dormir, mais Julie se dit qu’il fait semblant car comment peut-on dormir avec un tel vacarme ?

Julie n’aime pas les injustices, la violence et les cris, voilà pourquoi elle frappe franchement à la porte vitrée du compartiment.

Toc toc toc… elle entre…

-         Les enfants ?

Personne ne semble l’entendre, elle hausse donc le ton 

-         Les enfants s’il vous plaît !

-         Oui ? qu’y a t il ? demande un des garçons

-         Pouvez-vous me dire ce que  vous faites ?

-         Et bien nous voulons savoir combien de boucles sur sa tête, répond l’un d’eux en éclatant de rire.

-         Veuillez cessez immédiatement et dites-moi donc laquelle de ces personnes est responsable de vous ?

Aucun des garçons ne se résous à répondre à cette question et les adultes baissent la tête. Tout ceci est bien étrange pour Julie.

-         Puisque personne ne veut me répondre, je me vois dans l’obligation d’aller chercher le contrôleur qui grâce à la liste des passagers saura donner une réponse à ma question.

A ces mots, une petite voix tremblante répond :

-         Nous n’avons pas de responsable, Mademoiselle, nous sommes seuls jusqu’à Lorient. Le directeur de l’orphelinat nous a mis dans le train et nous devons trouver notre nouvelle famille sur le quai de la gare de Lorient.

Julie reste sans voix en écoutant la petite fille aux longues boucles parler timidement. Elle continue :

-         Nous ne savons pas encore à quoi va ressembler notre nouvelle famille, mais ce que je sais, c’est qu’il parait que c’est au bord de la mer et qu’il n’y a qu’une femme un peu bizarre dans une immense maison sur le sable. Nous n’avons pas peur cependant, car cela ne pourra pas être pire que d’où nous venons.

Julie a les larmes aux yeux. Elle prend une grande inspiration, réfléchit un moment et dit :

-         Vous ne pouvez pas voyager seuls, venez donc avec moi. Ma mère et moi sommes seules dans un grand compartiment. Ainsi je vous aurais à l’œil et les autres voyageurs seront un peu plus tranquilles.

Les enfants n’ont que très peu de bagages. Une valise pour trois. Julie n’est donc pas encombrée. Les 3 orphelins semblent ravis d’avoir trouvé quelqu’un pour s’occuper d’eux et la suivent docilement.

Julie se presse de wagon en wagon, suivie de très près des 3 petits poussins trouvés en chemin.

Lorsqu’elle arrive à son compartiment, la surprise de sa mère est indéniable.

-         Julie ? qu’à tu donc fais encore ? pourquoi ces 3 enfants sont-ils avec toi ?

-         Maman…s’il te plaît tais-toi et écoute bien ce que je vais te raconter, c’est une histoire trop triste.

Julie raconte tous les détails de sa triste découverte et arrive rapidement à convaincre sa mère qu’il est impossible, impensable, tout simplement inconcevable de laisser ces 3 petits  voyager seuls jusqu’en Bretagne.

Julie a eu tant d’émotions qu’elle est obligée de s’asseoir pour ne pas tomber. Le souffle court, elle s’assoupit paisiblement sous le regard bienveillant

d’ Anémone et les yeux tous ronds des 3 enfants étonnés de voir quelqu’un s’endormir aussi rapidement.

-         Elle dort ? déjà ?  demande celui qui paraît être l’aîné.

-         Oui, Julie est très malade, elle doit se reposer, c’est pour cela que nous nous rendons à Guidel….mais….et vous ? Pouvez-vous me dire pourquoi vous êtes seuls ? où allez-vous ? où sont vos parents ?

C’est ainsi que Romain le grand frère commence son récit, tandis que les deux plus jeunes s’installent sagement à la fenêtre et regardent le paysage défiler à toute allure…..

Ils connaissent l’histoire par cœur et n’ont pas vraiment envie de l’écouter encore une fois. Regarder les vaches dans les champs est bien plus amusant.

Chapitre 4

Les orphelins

Julie dort toujours paisiblement, la tête sur l’épaule de sa maman.

Romain commence donc son récit par le début :

-         Nous sommes seuls. Papa et maman sont morts l’an dernier dans un accident de voiture. Nous étions à la maison, une baby-sitter s’occupait de nous. Ils sont partis à une soirée chez des amis…ils ne sont jamais revenus.

Les gendarmes sont venus chez nous avec une dame, une assistante sociale ont-ils dit. Les petits dormaient, je ne comprenais pas pourquoi papa et maman ne rentraient pas. Je n’avais que neuf ans l’an dernier, depuis, j’ai compris bien des choses, entre autre que les adultes ne se préoccupent pas beaucoup de savoir ce qu’un enfant peut ressentir dans ces moments là. Il a fallu réveiller mon frère et ma sœur, les habiller rapidement, la dame avait l’air pressée, il a fallu faire une valise avec le strict minimum pour ne pas encombrer, nous a-t-elle dit. Marie qui n’avait que cinq ans était en larmes, Clément lui avait sept ans, paraissait ailleurs, il regardait dans le vague, les yeux fixes. Pour nous trois, ce fut comme la fin du monde. Nous n’avions plus personne, plus de papa, plus de maman, plus de maison. Seuls, désespérément seuls !

Anémone a les larmes aux yeux, elle caresse machinalement le visage endormie de sa fille. Dans le wagon tout est calme, on entend que le souffle lent de Julie, et le tchou tchou imperturbable du train. Anémone se concentre à nouveau et écoute la suite du récit de Romain.

-         Ils nous ont ensuite emmené sans trop d’explications dans une grande bâtisse. Il y avait un grand parc. Il y avait aussi une grille immense à l’entrée de la propriété, entourée d’un mur en pierres si haut que personne ne pourrait s’échapper. Il m’a semblé qu’on nous emmenait dans une prison. Il y avait des enfants de tout âge, surtout des grands, de plus de 10 ans. J’ai su plus tard que nous étions dans un orphelinat et que la raison pour laquelle il n’y avait que des grands enfants était que les petits se font adopter ou placer dans les familles beaucoup plus rapidement que les grands. Nous étions trois. Je fus pris de panique à l’unique pensée d’être séparé de mon frère et de ma sœur. Nous n’avions pas le choix, cependant, il nous fallait subir et obéir.

-         Etiez-vous bien traité au moins dans cet orphelinat ? Combien de temps êtes-vous restés ?

- Nous ne sommes restés là-bas que six mois seulement, mais j’ai dû veiller sur les petits. Les enfants de l’orphelinat sont assez violents et s’acharnent souvent sur les plus faibles.

Le Directeur était plutôt gentil mais peu efficace quand à la discipline. Les surveillants étaient bien différents. Il y en avait un qui chaque soir prenait un garçon qui avait fait « soi-disant »  une sottise, si petite soit elle, le mettait au milieu du dortoir et le faisait rester debout durant une bonne partie de la nuit. Si par malheur le garçon s’assaillait ou même s’agenouillait, le surveillant lui jetait un verre d’eau glacé à la figure et l’obligeait à rester une heure de plus debout ainsi.

Anémone n’en croit pas ses oreilles et laisse échapper un petit cri d’horreur.

-         Un jour, dit le garçon, le Directeur est entré au réfectoire. Il a parlé à l’oreille d’un surveillant, qui est aussitôt venu me voir.

-         Va chercher ton frère et ta sœur, m’a-t-il dit et allez immédiatement dans le bureau du Directeur.

-         Je ne me suis pas fait prier de peur des conséquences et cinq minutes plus tard, je frappais à la porte.

-         Entrez dit la grosse voix du directeur.

La pièce était remplie de livres en tout genre, sur le bureau une lampe allumée malgré le jour dans la pièce.

-         Une chaise occupée devant le bureau rajoute Romain. Une femme, assise qui avait l’air tendue. Elle portait un joli petit chapeau rigolo.  Un chapeau en paille avec un gros bouquet de fleurs séchées dessus. Elle s’est retournée lentement et là, j’ai su. Son sourire a suffit pour me faire comprendre qu’elle était là pour nous. Pour nous trois et pas pour un seul d’entre nous.

La femme nous a regardé, a ensuite regardé le Directeur et lui dit :

-         Où sont les papiers ? Inutile d’attendre une minute de plus, ces enfants sont ceux que je choisis. Hors de question de les séparer, je prends les trois, ma maison est bien assez grande et l’air marin leur conviendra à merveille. Ils méritent bien cela, vous ne trouvez pas Monsieur le Directeur ?

-         Bien entendu Madame, je n’en doute pas une seconde. Voici donc les papiers, vous devrez toutefois attendre un peu avant de les emmener chez vous, l’administration n’est pas très rapide, mais je vous promets que dans une ou deux semaines, ils seront chez vous, en Bretagne.

Romain raconte son histoire, le train continue sa route, comme un long serpent, Julie dort toujours paisiblement, Clément et Marie se sont endormis eux aussi. Anémone prend la main de Romain pour le réconforter. Romain n’a pas encore terminé.

- Nous sommes restés trois semaines de plus à l’orphelinat, à attendre jour après jour la bonne nouvelle du départ imminent. Ces trois semaines ont été l’enfer. Les autres enfants ont rapidement su que nous avions trouvé une famille d’accueil et nous l’ont fait payer jour après jour. Je n’ai pas dormi beaucoup durant ces trois semaines. La jalousie des autres était telle qu’ils profitaient de la moindre faiblesse pour nous faire mal. J’ai heureusement réussi à épargner ma petite sœur. Clément n’a pas eu cette chance, il a subi quelques jets de pierre, il a retrouvé son lit mouillé le matin et est donc resté debout une bonne partie de la nuit à cause d’une chose qu’il n’avait pas commise. Mais nous avons tenu bon !

Romain a de la rage dans les yeux lorsqu’il termine son récit. Son regard affirmé laisse croire que personne ne pourra plus leur faire de mal. Il n’a que dix ans, il est déjà responsable. Une année aura suffit à faire de lui un homme.

Julie ouvre les yeux. Anémone semble ailleurs. Le train entre en gare. Il est déjà tard, le soleil se couche. Il est temps de rassembler les valises, réveiller les enfants encore endormis et de sortir rapidement avant que le train ne reprenne sa route.

Chapitre 5

Bienvenue chez Jeanne

Anémone se demande comment sa sœur va réagir en la voyant elle et Julie arriver à l’improviste chez elle. A moins qu’elle ait déjà reçu la lettre écrite précipitamment deux jours plus tôt. Dans ce cas elle sera sur le quai de la gare. Sinon, nous prendrons un taxi, se dit Anémone.

Lorsque le train entre en gare, tout le monde à le cœur serré. Une nouvelle vie pour certains, la surprise pour d’autre. Dans tous les cas, une nouvelle aventure commence.

Il y a du monde sur le quai de la gare. Entre les voyageurs qui descendent du train et les personnes qui attendent quelqu’un, cela ressemble à une vraie ruche d’abeille. Tout le monde s’active en tout sens. Les valises s’entrechoquent et les gens se marchent sur les pieds.

Julie se demande à quoi peu ressembler la tante Jeanne.

Déjà le sifflement du train annonce son départ imminent, tout le monde se presse d’avantage encore sur le quai de la gare de Lorient qui paraît trop petit pour accueillir tout ce monde.

Anémone décide de poser les valises et d’attendre sagement avec sa petite troupe que le quai se vide un peu avant d’entreprendre de trouver tante Jeanne. Avec tout ce monde, il ne faudrait pas perdre un des enfants.

-         hé ho ! hé ho ! quelqu’un crie et  il semble bien que la personne qui crie les regarde.

-         Hé ho ! hé ho ! la femme s’agite en tout sens pour attirer l’attention du petit groupe. Elle lève les bras au ciel, saute sur place, en évitant de peu les pieds des autres personnes qui quittent la gare.

Julie regarde la drôle de petite femme faire son numéro et ne peut s’empêcher de rire.

-         regarde maman, elle est si drôle cette femme là-bas, hihi, regarde là maman, tu as vu son drôle de petit chapeau ? et sa robe ? très longue, avec de la dentelle, elle semble sortie d’une autre époque, mais elle est si jolie, cela lui va si bien, n’est-ce pas maman ? hihi comme elle est rigolote !

-         ha ! ho ! mais c’est ! mais c’est tante Jeanne réplique Anémone.

Et la voilà elle aussi qui saute sur place en agitant les bras très haut.

-         On dirait que maman à les larmes aux yeux, songe Julie.

Les sœurs ne se sont pas vues depuis si longtemps qu’en effet, elles pleurent à chaudes larmes quand enfin Jeanne arrive et saute dans les bras d’ Anémone. Julie et les 3 enfants regardent le spectacle avec un sourire ému eux aussi.

Lorsque tante Jeanne s’écarte de sa sœur, elle se dirige aussitôt vers Julie, les larmes continuent de couler, son nez commence à rougir sérieusement, mais cela ne nuit en rien à sa beauté naturelle.

Elle se penche pour embrasser Julie qui ne peut s’empêcher de humer le parfum fleuri de tante Jeanne.

-         hummm ! comme tu sens bon tante Jeanne, lui dit-elle.

-         hé hé ! les fleurs sont l’essence de la vie ma jolie. La nature est belle et généreuse. J’aime les fleurs et elles me le rendent bien. Quand tu verras mon jardin, tu comprendras, ajoute-t-elle en faisant un petit clin d’œil malicieux à Julie.

Tante Jeanne se dirige enfin vers les 3 orphelins.

-         Vous voilà enfin ! J’ai bien cru ne jamais vous revoir. Ces trois semaines à vous attendre furent interminables mes enfants. J’espère que vous allez vous plaire chez moi. Je suis votre nouvelle….heu…..et bien votre nouvelle tante. Je suis tante Jeanne voyez-vous ? croyez-moi sur parole, je saurai vous rendre heureux tous les trois.

-         Jeanne ? ces enfants viennent chez toi ? Le plus grand, Romain m’a raconté leur histoire et m’a dit venir habiter sur la côte Bretonne, mais je ne me doutais pas du tout que c’était chez toi. Tu m’étonneras toujours ma chère sœur.

-         Hé ! Hé ! je n’ai pas changé mes habitudes sauf que désormais je ne recueille plus seulement les animaux en danger ou malheureux, abandonnés, mais aussi les enfants seuls ayant un grand besoin d’amour.

Romain, Clément et Marie sont abasourdis par tant de gentillesse, ils avaient oubliés ce que les compliments rendent heureux !

Voici notre joyeuse troupe en route vers chez tante Jeanne. Elle habite Guidel, une petite maison près de la plage, avec une vue imprenable sur la baie et le port de plaisance.

Jeanne a un minibus, où tout le monde trouve sa place dans un joyeux brouhaha.  C’est à qui  s’assoira près de la fenêtre pour admirer le paysage. Le trajet n’est pas bien long, une petite quinzaine de kilomètres les séparent de la gare de Lorient. Tante Jeanne choisit de passer par la route la plus longue, mais la plus jolie aussi, puisque c’est celle qui longe toute la côte. 

Il y a de la musique dans le minibus, d’ailleurs il y a toujours de la musique où que se trouve Jeanne.

-         la vie sans musique dit-elle, c’est comme un jardin sans fleurs. Fade et triste.

Et elle monte le son un peu plus encore, en affichant un sourire qui en dit long. Assurément tante Jeanne est coquine. Très coquine même et elle aime un peu provoquer les gens autour d’elle il faut bien l’avouer.

Elle roule tranquillement quand tout à coup Julie pousse un cri de joie et d’étonnement.

-         ho ouiiiiiiii voilà la mer……maman maman, regarde comme elle est belle, comme elle est grande, ho ouiiiiiii, la mer, je n’en reviens pas, elle est aussi bleue que je l’imaginais. C’est magnifique, vraiment quel bonheur !

Jeanne éclate de rire accompagnée d’Anémone et des autres enfants.

-         Elle n’est pas toujours aussi sage, tu sais Julie, parfois elle est verte, presque noire tant elle est fâchée. Il arrive que les vagues soient assez grosses pour passer par dessus les digues qui protègent les petits ports. La mer est belle bien sûr, mais aussi très dangereuse, il ne faut jamais l’oublier les enfants, c’est bien compris ?

Et tout le monde de reprendre en cœur :

-         Oui tante Jeanne.

Il règne dans le minibus, une ambiance joyeuse qui fait oublier à chacun des occupants les  malheurs qui les ont conduits ici, auprès de cette drôle de « bonne femme ».

Le minibus, passe donc sagement Larmor Plage et sa croisette, Kerroch, Lomener, arrive bientôt à la hauteur du golf de Ploemeur situé au bord de la plage, puis vient le Fort Bloqué, qui aujourd’hui n’est pas bloqué puisque c’est la marée basse. On peut y aller à pieds se prélasser sur les rochers qui l’entourent, mais attention de rentrer avant que la mer ne remonte, sinon vous voilà prisonnier….encore un danger de la mer.

-         Ca ne sent pas bon ici dit Marie. Beurk ça sent mauvais.

-         C’est le goémon que la mer rejette, dit Jeanne. On s’habitue rapidement à cette odeur particulière, mais moi, je ne trouve pas cela écœurant. 

-         C’est loin encore ? demande Clément

-         Non, rassure Tante Jeanne, plus que trois kilomètres environ et nous y sommes. Dans cinq minutes vous découvrirez votre nouvelle demeure.

Anémone, ne cesse de regarder sa sœur. Elle n’a pas changé, elle est toujours aussi jolie, pense-t-elle. Quel bonheur de se retrouver ici. Dommage que Paul ait du rester à la ferme. Jeanne a cette lueur dans les yeux qui laisse à croire qu’elle a conservé son âme d’enfant. Anémone se souvient de sa grande sœur comme d’une enfant pétillante, pleine de vie, de malice, de coquinerie. Elle était toujours avide de s’amuser pour un léger coup de vent, une feuille qui tourbillonne, un rayon de soleil qui fait éternuer, ou encore les gouttes de pluie qu’elle tentait d’éviter…un rien l’amusait.

Apparemment, cela n’a guère changé pour Jeanne. Elle est toujours aussi pétillante et étonnante.

 Les dunes de sable sont impressionnantes lorsqu’on arrive à la hauteur de Guidel plage, plus connues ici par les habitants de « chez Titine ». Il y a une petite galerie commerçante un peu vieillotte qui trône près de la grande plage. L’aire de jeux pour les enfants avec toboggan, tourniquet et balançoires est quasiment enfouie sous une nuée d’enfants qui s’amusent comme des fous. Un peu plus loin, la plage, superbe ! A marée basse on peu presque traverser à pieds pour rejoindre l’autre rive « le Finistère ». Cependant, les Guidélois savent tous que cela reste extrêmement dangereux et ici personne ne s’y risque, sous peine de se laisser prendre par le courant puissant qui demeure maître des frontières. Les touristes s’amassent sur le sable vaseux pour creuser et y trouver les coques qu’ils dégusteront le soir au dîner, au risque d’avoir mal au ventre dans la nuit. Les mouettes rieuses se jouent du vent, de la mer et planent au-dessus des corps dénudés sur le sable qui se dorent au  soleil.

Quelques bateaux s’aventurent hors du port pour rejoindre la mer. Le chenal à marée basse est très étroit et les bancs de sable bougent sans cesse à cause des courants puissants. Il arrive donc que parfois un bateau malchanceux reste échoué à attendre que l’eau veuille bien remonter et le libérer. Cela peu durer plusieurs heures évidemment et ça fait bien rire les passants qui assistent à la scène de la côte.

Il y a un petit port de plaisance un peu plus loin. Le capitaine du port veille discrètement au bon déroulement de la vie de son port. Il ne manque pas de saluer les départs et les arrivées des nombreux bateaux.

La petite digue invite les pêcheurs à la ligne à tenter leur chance. Les enfants s’amusent ici à attraper les crabes verts à l’aide d’un « bout » armé d’une tête de poisson pour appâter les bestioles à pinces.

Le minibus passe devant un manège et les enfants ne manquent pas de se regarder en se faisant un petit clin d’œil évocateur de bonnes rigolades en ces lieux.

-         encore quelques mètres……et nous y voilà ! Tout le monde descend, nous sommes arrivés, dit tante Jeanne. Allez, Allez hop, houst, tout le monde dehors, voici votre nouvelle demeure. Soyez ici comme chez vous ! D’ailleurs vous l’êtes non ?

La joyeuse petite troupe se trouve devant une jolie maison en pierres, typiquement Bretonne. Les volets sont bleus, il y a une glycine qui habille joliment la façade. Des lavandes embaument tout le jardin. Il y a, sur un talus, des arbres à papillons (Budélias). Ils sont couverts de papillons multicolores. Une terrasse longe la maison et pour séparer la terrasse du jardin, des rosiers. Des rouges, des jaunes, des roses, des orangers, il y en a pour tous les goûts et quel délice pour les narines ! Ce jardin est rempli d’odeurs merveilleuses de fleurs.  Une personne qui entre en ces lieux ne veut plus en repartir c’est certain.

Un petit chemin sur le coté de la maison, mène derrière.

-         hoooooo ! s’exclame Julie. Un étang. Avec…..hoooooo, mais je rêve…..avec un saule pleureur à ses cotés.

Julie est si surprise et si heureuse de retrouver un décor qu’elle connaît si bien, qu’elle s’évanouit et chute dans l’herbe haute.

Tout le monde accourt et tente de la réanimer.

-         Allons, allons dit tante Jeanne, laissez donc respirer cette jolie demoiselle. 

Anémone soulève tendrement la tête de sa fille et lui dépose un tendre baiser sur le front.

Julie retrouve ses esprit et c’est avec un large sourire qu’elle dit :

-         Je serais bien ici, JE SUIS BIEN ICI. Merci tante Jeanne, merci maman.

 Elle se relève rapidement sous le regard inquiet de sa maman et des autres enfants et fonce aussi vite qu’elle peut vers la mare.

-         parfait, tout est vraiment parfait. Y’a tout……….sauf peut-être……les grenouilles ? Tante Jeanne, crie-t-elle, Tante Jeanne, y a t-il des grenouilles ici ?

Julie croise les doigts dans son dos pour que personne ne la voit et espère la bonne réponse

- Bien sûr ma jolie demoiselle, bien sûr qu’il y a des tas de grenouilles ici. Il y a même un vieux crapaud que j’appelle « grain de sel » qui campe près d’ici, pas loin du gros nénuphar, tu le vois ?

-         Oui je le vois, c’est merveilleux vraiment, je n’en reviens pas, c’est comme dans un rêve, je vais vraiment me plaire ici.

Clément, Mary et Romain courent eux aussi autour de la maison en chantant :

-         C’est ici notre maison, c’est ici notre nouvelle maison, nous irons à la mer, pêcher des coquillages et des poissons, lalalèreeee….

Anémone et tante Jeanne sont aux anges elles aussi. Elles appréhendaient chacune à leur façon la réaction de toute cette marmaille. Les voici donc rassurées.

-         Allons donc visiter l’intérieur maintenant, dit joyeusement Jeanne.

-         ho ouiiiiii, crient les enfants tous en cœur. La maison, la maison, allons à la maison…… Yahouuuuuuuu

Chapitre 6

La maison de jeanne

Jeanne pousse joyeusement la porte de sa maison et invite tout le monde à  entrer.

-         Ici, pas de chichi, vous êtes vraiment chez vous, la maison est grande, vous aurez chacun votre chambre si vous le désirez.

-         Mais…rajoute Anémone, il n’y a pas de clefs sur ta porte ?

-         Ha ça non ! pas de clefs chez moi, Guidel vous le verrez est une ville tranquille et hormis les touristes l’été, tout le monde ici me connaît et je n’ai peur de personne moi !

-         visitons donc cette jolie maison. Claironnent ensemble les enfants.

Pour commencer, la cuisine, très grande, qui peut accueillir certes un grand nombre de personnes à sa table, est très chaude, en bois clair, du hêtre certainement. Les murs sont jaune. Il y a une grande ardoise avec écrit dessus une liste de choses à ne pas oublier, telles que courses ou autres rendez-vous importants.

Tante Jeanne n’a pas une mémoire très…vivace ? Non, disons qu’elle ne retient que ce qui est important pour elle, c’est à dire…..les petites choses sans importance. Quand aux autres et bien…. tans pis, tout le monde la connaît et

s’ il lui arrive d’oublier quelque chose et bien on lui pardonne. Elle est si gentille !

Il y a une porte dans la cuisine qui donne sur une énorme terrasse derrière la maison. Habillée de bois, entourée d’arbustes à fleurs jaunes, merveilleuses. Ici aussi un Budélia invite les papillons à venir virevolter joyeusement.

Une superbe vue sur le jardin, l’étang, le saule pleureur et quelques moutons qui broutent tranquillement l’herbe grasse. Un paon surnommé « Léon » à cause de son cri particulier, fait la roue au milieu de tout cela.

Des arbres fruitiers attendent la cueillette minutieuse de leurs fruits. Il y a un cerisier, un poirier, un pommier, un pêcher et un prunier. Il y a même un pêcher mort, il ne reste que le bois sec taillé judicieusement. Tante Jeanne y a planté à son pied un rosier blanc. Il grimpe habilement entre les branches et habille joliment l’arbre mort.

C’est que pour Jeanne, rien ne meurt jamais, tout peu encore servir ou se rendre utile.

Nous rentrons à nouveau dans la maison pour découvrir la grande pièce, avec contre le mur du fond une cheminée énorme ou se trouve un banc à l’intérieur. Il me semble qu’on pourrait s’y cacher, se dit Julie, avec un sourire large qui en dit long sur ses intentions prochaines !

Les murs sont peints couleur framboise, un canapé grandissime trône au centre de la pièce. Il est vert, et ressort bien dans l’ensemble rouge. Un petit guéridon accueille un poisson rouge qui tourne inlassablement dans son bocal. Une grande baie donne sur le jardin de derrière la maison et une autre sur la terrasse de devant. La lumière jaillit de partout et rend cette pièce lumineuse à souhait. Des bibelots trônent un peu partout sur les meubles, des souvenirs de ses nombreux voyages apparemment. Des animaux en bois, des palmiers, des tableaux africains, apparemment tante Jeanne a beaucoup voyagé.

La salle à manger est dans la même pièce, des meubles en bois encore ici, les murs sont verts anis, cela tranche avec le rouge du salon et donne un air coquin à l’ensemble. Ici, sur les meubles des photos d’enfants.

Un escalier près de la porte invite à monter à l’étage. La maison n’est pas très haute, mais par contre elle est vraiment très longue. Il y a un couloir interminable avec des portes de ci de là qui invitent à entrer.

-         Les enfants, choisissez votre chambre, il y en a 5. Anémone, je te désigne d’office celle-ci, qui donne sur la terrasse et ses rosiers.

Les enfants courent d’une pièce à l’autre et on peu entendre des : « à moi cette chambre » ou encore « à moi celle-ci ».

Apparemment chacun a trouvé son domaine, sans problème, ni chamaillerie. Il reste juste la petite Marie qui, restée près de Jeanne et Anémone, n’ose s’aventurer dans cet immense couloir.

-         et bien ? demande Anémone, Marie ? que fais tu ? pourquoi ne vas-tu pas choisir ta chambre ?

-         j’ai peur, c’est trop grand, pouvez-vous m’accompagner ? s’il vous plaît !

Les deux femmes ne se font pas prier et guident la petite Marie vers la chambre qui reste. Elle passe devant une pièce où Julie est accrochée à la fenêtre qui donne sur l’étang. Elle semble perdue dans ses pensées, mais son visage est rayonnant.

Vient ensuite la chambre de Romain, l’aîné. Une chambre mansardée, avec des poutres peintes en bleu. La fenêtre donne sur le jardin de devant. Un grand bureau, un grand lit, des étagères partout. Tout pour plaire à Romain qui se délecte déjà de cette nouvelle vie.

Clément quand à lui a choisi une chambre qui donne sur le jardin de derrière. Il peut ainsi regarder les moutons et les écouter bêler. L’idée de s’occuper des moutons lui plaît déjà. Il aime les animaux. Il se demande comment s’appellent ces jolies petites bêtes noires toutes bouclées.

Il reste donc une chambre de libre pour Marie. De la fenêtre elle pourra contempler elle aussi les moutons. De sa chambre elle voit aussi l’orée de la petite forêt qui borde le jardin de « Tante Jeanne ».

-         Cette chambre est parfaite pour toi Marie, mais elle n’est pas aux couleurs d’une petite princesse comme toi. Nous referons donc la peinture avec la couleur de ton choix. Tu pourras l’aménager à ta guise. Tu t’y sentiras bien tu verras. Anémone est très émue de voir tout ce petit monde bien installé.

-         Combien tu es douce, joyeuse et généreuse ma chère sœur. Dit-elle en prenant la main de Jeanne, les larmes aux yeux.

-         Allons bon ! Ne nous attendrissons pas ! rétorque Jeanne dans un éclat de rires bien à elle. Un rire franc qui donne envie de l’écouter encore et encore.

-          Allez ! descendons préparer le dîner. La nuit ne va pas tarder à tomber. Ces enfants doivent tomber de sommeil après un si long voyage. Nous allons préparer une bonne tarte aux poireaux à ma façon, tu m’en diras des nouvelles « frangine ».

Les sœurs rient ensemble encore une fois et se mettent à l’ouvrage. L’une prépare la tarte et l’autre met le couvert.

A l’étage, pas de bruit, chacun défait sa valise, range ses affaires et imagine déjà ce que sera demain.

Julie regarde l’étang, écoute les grenouilles coasser bruyamment. Elle est très fatiguée, sa respiration est rapide. Le soleil se couche sur cet endroit paradisiaque.

-         Assurément cette nouvelle vie sera merveilleuse se dit-elle

Chapitre 7

Les épinards du marché

La soirée se déroule joyeusement, entre bâillements et rires. Le repas très vite avalé, les enfants montent rapidement se coucher chacun dans sa chambre respective. Julie passe tour à tour dans chaque chambre, borde l’enfant, raconte une histoire courte qui suffit à endormir le chérubin tant la journée fut chargée en émotions. A son tour la jeune demoiselle se couche exténuée mais rassurée d’avoir trouvé un endroit accueillant et chaleureux.

Jeanne et Anémone débarrassent la cuisine, se préparent un thé qu’elle vont déguster dans le salon en regardant les vagues se casser bruyamment sur les rochers. Un bateau rentre au port, il fait nuit, il est temps pour lui aussi de se mettre à l’abri.

La nuit est calme, les vagues usent inlassablement le sable et bercent les dormeurs des alentours .

Jeanne et Anémone n’échangent aucun mot. Elles se regardent attendries. Les yeux embrumés de larmes racontent à eux seuls les années de séparations, les peurs, les doutes et surtout le bonheur de se retrouver malgré les conditions dans lesquelles les retrouvailles se font.

Le thé avalé, elle se serrent très fort dans les bras l’une et l’autre et se disent bonne nuit. Elles aussi sont très fatiguées par le voyage pour l’une et toutes ces émotions pour les deux sœurs.

-         Léon, Léon, Léon, Léon, il fait jour, semble dire le paon de Jeanne.

Marie est la première réveillée et court aussitôt dans la chambre de ses frères les réveiller à leur tour. Julie ouvre les yeux elle aussi dérangée par le vacarmes des enfants.

-         j’ai du rêver pense t-elle, elle se hâte d’ouvrir le volet pour vérifier si l’étang, les grenouilles, le saule pleureur, le paon, les moutons, sont toujours là. Ouf, cela n’était pas un rêve dit elle alors tout haut.

-         On a faim, on a  faim, crient Romain, Marie et Clément en cœur.

Jeanne et Anémone sont déjà en bas, dans la cuisine, prêtes à commencer une nouvelle journée dans la bonne humeur. Anémone est un peu anxieuse, demain est le premier rendez-vous de Julie chez le docteur Le Guénec à Lorient.

-         Il reste encore une journée à se délecter de ces vacances à la mer songe elle, profitons-en, il sera bien assez tôt de m’inquiéter demain !

Le petit déjeuner se passe dans un brouhaha incroyable, tout le monde parle en même temps et il faut bien avouer que sans l’intervention de Jeanne je me demande bien comment tout cela ce serait terminé.

-         Stooooop ! Crie Jeanne. Ici, à table, chacun peu parler à sa guise, mais une règle à respecter s’il vous plaît : chacun à son tour, sinon….allez vous calmer dans votre chambre, merci ! Je voudrais bien ajouter quelque chose si vous me le permettez ?

-         Oui bien sûr tante Jeanne, répondent ensemble les enfants.

-         Voici le programme de la journée : ce matin, après avoir fait votre toilette, fait votre lit et rangé votre chambre, nous irons au marché faire les courses. Ensuite, déjeuner en terrasse si le soleil est de la partie. Puis petite balade au port de plaisance. Cela vous va-t-il ?

-         Ho oui Tante Jeanne, bien sûr que ça nous va répond Julie au nom de tous les enfants.

Le départ pour le marché ne se fait pas attendre, Jeanne et Anémone n’ont pas mis leurs chaussures aux pieds que déjà les enfants sont installés dans la voiture et attendent sagement les deux femmes.

-         Ils sont vraiment adorables dit Anémone.

-         Assurément, lui répond sa sœur, accompagné d’un petit clin d’œil. Allons nous en, maintenant avant qu’il ne reste plus rien sur les étals du marché.

La distance qui les sépare du bourg n’est pas très longue, 2 ou 3 kilomètres, pas plus. Le trajet se fait donc très rapidement. Le plus difficile est de trouver une place pour se garer, mais Jeanne à sa place réservée. Les commerçants la connaissent bien et sa bonne humeur et sa générosité fait l’unanimité dans cette petite ville, ce qui lui apporte quelques petits privilèges bien appréciés il faut bien le dire.

Jeanne passe d’abord chez le boucher, toujours la même maison depuis 3 générations. La viande y est excellente. Vient ensuite le boulanger, nouveau venu depuis une année, mais adopté immédiatement par Jeanne et de nombreux Guidélois tant le pain y est bon et les gâteaux ne demandent qu’à se laisser déguster.

Vient ensuite les légumes « chez Monique » la maraîchère. Jeanne aime le goût et ici on ne peut pas se tromper. Les légumes sont vraiment très bons et la bonne humeur de Monique ne fait que donner envie de venir admirer son étal rempli de vert, d’orange, de rouge. Les couleurs et les odeurs ici sont impossibles à éviter. Jeanne, suivi par  sa joyeuse petite troupe, fait donc le plein de bons légumes, sans oublier les fameux épinards que les enfants détestent plus que tout. Ils se regardent inquiets en faisant  une grimace de dégoût.

-         Beurk, des épinards, peut-être nous nous sommes trompés sur les intentions de Tante Jeanne dit Clément

-         Les enfants, ne faites pas cette tête là, dit Monique, les épinards préparés à la façon Jeanne sont merveilleusement bons vous verrez et puis c’est moi qui les cultive, je sais qu’ils sont délicieux, ne vous inquiétez pas !

-         Faites-nous confiance les enfants, rajoute Jeanne en éclatant de rire.

Le marché terminé, tout le monde rentre à la maison et vaque à ses occupations en attendant le déjeuner avec il faut bien le dire une pointe d’angoisse.

Jeanne et Anémone s’affairent aux fourneaux et une odeur délicieuse se répand dans tout la maison. Les enfants commencent à avoir faim et cette odeur ne fait que leur donner encore plus envie de manger.

-         A table ! crie Anémone, c’est prêt ! Lavez-vous les mains et descendez manger s’il vous plaît !

Les enfants arrivent un à un et découvrent un à un le plat au centre de la table. LES EPINARDS !

-         Avant de dire je n’aime pas, tout le monde doit goûter, dit Anémone avec autorité. Les épinards sont excellents et accompagnés de ce délicieux steak haché c’est encore meilleur. Bon appétit tout le monde, rajoute elle.

-         Bon appétit, répondent les enfants avec de l’amertume dans la voix.

Aucun d’eux n’ose commencer le premier. Julie décide de montrer l’exemple. c’est elle la plus vieille après tout, elle se doit de se montrer exemplaire.

Julie empoigne courageusement ses couverts et se met à manger.

-         mais ….mais…..hummmmmm……vous pouvez y aller les p’tits c’est vraiment très bon….hoooo…..hummm…..comme c’est bon, dit elle.

Clément, Romain et Mary gouttent à leur tour et ce ne sont que des humm, des hoooo, et pour finir :

-         Il en reste encore un peu ? demande Marie, la plus petite.

Eclat de rires dans l’assemblée, le déjeuner se termine encore une fois dans la bonne humeur et chacun raconte ses impressions et ce qu’il a vu sur le marché.

Personne n’oubliera les bonnes odeurs des saucisses « rougails » de « chez Jacky », ou encore ces crabes rigolos qui tentaient de s’échapper de l’étal du poissonnier.

-         Belle matinée. Une petite sieste réparatrice pour tout le monde et ensuite, direction le port de plaisance, dit joyeusement Jeanne.

Chapitre 8

Rencontre avec Yann le pêcheur

La sieste dure une petite heure, mais cela suffit pour que tout le monde soit en forme pour le reste de la journée et puisse apprécier

la suite de ce que Jeanne a préparer pour eux.

-         Nous y allons à pieds, dit Jeanne, le port n’est pas loin et cela nous fera le plus grand bien de marcher sous ce beau soleil.

Les enfants attendent ce moment depuis trop longtemps à leur goût. Quand Jeanne ouvre la porte de la maison, c’est une nuée en furie qui s’échappe à toute allure.

- Les enfants ! Stooooop crie Tante Jeanne. Si la promenade commence ainsi, nous irons seule, Anémone et moi.

Il n’en faut pas plus pour remettre de l’ordre dans la joyeuse troupe et les voici donc, bras-dessus, bras-dessous marchant en chantant des airs de colonies de vacances.

Le port n’est pas loin, ils arrivent en un rien de temps sur la petite digue qui abrite les bateau des forts courants. Il y a là, un marin, un pêcheur de toute évidence qui se prépare à partir en mer. Il a belle allure avec sa casquette bleue, il s’affaire en tous sens pour ne rien oublier. Les casiers, les lignes de traîne, la combinaison de plongée, les palmes, le masque et le tubas et surtout la ceinture de plomb sans laquelle il n’arriverait pas à plonger au fond de l’eau.

Les enfants, surtout les garçons sont très intrigués par ce que fait le pêcheur. Ils approchent sans hésitation, l’homme n’a pas l’air bien méchant.

- Bonjour Monsieur, comment tu t’appelles ? lui demande Clément

- Yannick, je suis pêcheur, mais tout le monde m’appelle « Yann le pêchou ».

Vous n’avez pas l’air d’ici, vous, les enfants ! Vous êtes bien pâlichons pour des mousses !

- Nous venons d’arriver, c’est vraiment un très beau coin ici et la mer est si belle, ça sent bon, et le bruit des vagues nous berce pour dormir. Je suis du Centre France moi Monsieur, Rajoute Julie. Je suis venue chez ma Tante Jeanne pour quelque temps, le temps que j’aille mieux, je suis malade, le médecin m’a conseillé l’air marin pour me soigner et …

- et il a tout à fait raison, rajoute Yann, en coupant la parole à Julie. Ici, l’air est pur et iodé. Je te souhaite de guérir donc.

- Merci Monsieur

- Pas de monsieur avec moi s’il te plait, moi faut m’appeler Yann sinon oust, du balai, je n’aime pas les chichis moi !!!

- d’accord, Yann, réplique Julie

Les autres enfants éclatent d’un rire franc, ce qui ne manque pas non plus de faire rire Julie et Yann.

- Jeanne, crie Yann, Jeanne vient donc me voir un moment je te prie.

- j’arrive Yann le pêchou, que veux tu ?

- Je vois que tu as des invités qui m’ont l’air intéressés par la pêche ? pourquoi ne pas me les envoyer demain pour une petite sortie en mer ?

- Malheureusement demain nous ne pouvons pas Yann, nous devons nous rendre à l’hôpital Bodélio à Lorient pour la première visite de Julie.

- je vois, je vois, dit Yann l’air songeur. Mais les autres enfants ? Eux peuvent venir. Vous serez tranquille en plus sans cette marmaille dans vos jambes. Qu’en pensez-vous ?

Aux deux femmes d’acquiescer. Yann est un homme prudent et Jeanne sait parfaitement que si le temps n’est pas au beau fixe, si la mer se forme ou si un danger aussi minime se présente, il saura faire ce qu’il faut pour mettre les enfants en sécurité.

Romain, Clément et Marie laissent exploser leur joie en chantant :

- On va en bateau,  pêcher des poissons, lalalère.

Yann leur explique ensuite qu’il pêchera aussi des araignées. Voyant l’air interloqué des jeunes enfants, il rit et les rassure en leur montrant une photo d’une araignée. Elle n’est pas du tout velue, comme celle qu’on voit dans les maisons, mais elle est toute rouge et très grosse. On peut même en manger et c’est délicieux et très fin. Les enfants n’en croient pas leurs oreilles.

Yann leur dit aussi qu’ils pourront chacun à leur tour s’essayer à « la traîne ». C’est une façon de pêcher très simple qui consiste à laisser traîner derrière le bateau un fil de crin avec des  hameçons et un plomb pour que le crin aille au fond de l’eau. On peut pêcher des maquereaux, des aiguillettes, des lieux et même parfois des bars appelés aussi « loups de mer ».

Les enfants n’en reviennent pas ! Tant de chose en une après-midi ?

- waw, nous allons bien nous amuser, dit Romain

- et s’il fait beau et chaud vous pourrez aussi plonger du bateau, n’oubliez pas vos maillots de bain surtout les enfants !

Marie et Clément sont ravis eux aussi.

- Yann, dis moi, demande Marie, nous verrons des dauphins ?

- ha ça ! mystère et boule de gomme, réplique Yann. Il y en a bien un qui traîne parfois entre Groix et Lorient, on l’appelle Randy, il a le bout de l’aileron coupé, il est donc facilement reconnaissable. Avec de la chance il peut nous suivre un moment, mais rien n’est moins sur. Il préfère les voiliers aux bateaux à moteur. Mais il m’est arrivé de le croiser une fois ou deux.

Julie a l’air un peu triste mais elle sait que ce n’est que partie remise pour une virée en bateau avec Yann le pêchou.

Heureusement, songe-t-elle, que j’ai appris à nager à la piscine !

Yann est fin prêt pour partir en mer, les enfants vont en courant jusqu’au bout de la digue. Le bateau s’en va, laissant derrière lui les enfants qui lui font un signe de la main. Le capitaine du bateau répond aux enfants et déjà il s’éloigne. Bientôt il n’y a plus qu’un petit point noir sur l’eau. Yann s’en va pêcher.

- Vivement demain dit Romain.

- ha oui, vivement demain répondent en cœur Marie et Clément

Seule, Julie affiche un sourire forcé. Demain, est un jour noir pour elle. Elle a si peur de ce que va lui dire le nouveau docteur. Est-il gentil ? va-t-elle guérir ? il y a tant de questions angoissantes en elle qu’elle préfère pour le moment éviter d’y penser et se met à éclabousser les autres.

Romain, voulant éviter les éclaboussures s’écarte si vivement qu’il tombe à l’eau. Heureusement le courant à cet endroit n’est pas très fort et c’est dans les éclats de rires de tout le monde que Jeanne tente de le sortir de l’eau en lui tendant la main.

Romain tire si fort que Jeanne perd l’équilibre et se retrouve à son tour à l’eau.

Redoublement de rires pour les enfants. Anémone menace de tomber à son tour à force de rire, mais Julie la retient à temps.

- Mieux vaut s’asseoir dit Anémone.

Clément, Julie et Marie, rient si fort que le capitaine du port alerté par ce brouhaha arrive en courant.

- mais que se passe-t-il ici ? il y a un problème Mesdames ?

Jeanne et Romain sortent de l’eau en riant eux aussi.

- Ca commence bien dit jeanne. Aucun problème Michel, tout va bien, nous prenions juste un petit bain printanier.

- Oui, répond Romain en riant de plus belle. Brrr !Elle est un peu fraîche, vous y mettez des glaçons Monsieur ?

Et tout le monde rit de plus belle.

- Et bien Jeanne, je vois que là ou tu te trouves la joie est présente. Quand cesseras-tu de faire l’enfant ? dit Michel en riant lui aussi à gorge déployée.

Et c’est ainsi, en riant, que tout le monde se presse de rentrer à la maison afin de se sécher très vite pour ne pas attraper froid.

Chapitre 9

 La bonne fée

Le jour se lève à peine et déjà Julie se lève. Il faut dire qu’elle n’a pas bien dormi. Elle chausse ses pantoufles et met sa robe de chambre et décide d’aller faire un tour près de l’étang. Tout le monde dort encore elle y sera tranquille et cela la rassure de retrouver un semblant de chez elle ici.

Elle s’asseoit sous le saule pleureur, il est bien feuillu et Julie est invisible sous ce manteau de verdure.

- ho l’étang, comme tu m’as manqué, dit elle tout bas.

- tu m’as manqué aussi, lui répond une douce voix.

Julie n’en croit pas ses oreilles.

- Suis-je devenue folle ? j’entends des voix maintenant ? C’est la maladie ? que m’arrive-t-il ?

- Tout va bien Julie, ma douce, je suis ta bonne fée, tu m’avais déjà oubliée ?

- Ho mon dieu, oui ! enfin non ! mais je croyais que…tu n’étais pas réelle ! Mais où te caches-tu ?

- Je suis là, tout près de toi.  Regarde au fond de l’eau.

Julie s’exécute aussitôt et remarque en effet une forme étrange qui bouge suivant l’onde de l’eau. Et puis tout à coup, pfff, plus rien.

- Ma bonne fée, je t’ai fais peur ?

- Mais bien sur que non ma douce princesse, j’arrive.

Julie n’en croit pas ses yeux cette fois, la bonne fée se trouve près d’elle, assise sur l’herbe.

Comme elle est belle ! Elle a de longs cheveux blond, ils brillent au soleil. Ses yeux sont verts. C’est étrange, on dirait des yeux de chat. Sa peau est blanche et parait douce comme une pêche. Sa bouche fine affiche un sourire radieux et tendre. Elle porte une robe très longue, bleue azur. Un collier pend à son cou. Il représente le soleil.

- Je t’avais promis de veiller sur toi, je suis donc là, près de toi et fort heureusement l’étang y est très agréable. Je connais déjà tous ses habitants tu sais Julie, ils sont adorables. Ils ne disent que du bien de la femme qui habite ici. Elle aime les animaux et les respecte.

- C’est exact, répond Julie, Tante Jeanne est merveilleuse, gentille et prévenante, joyeuse et pleine d’entrain. Je l’adore. Et dire que dans la famille on dit qu’elle est  folle. Elle est tout simplement heureuse de vivre et elle le fait savoir, tout bonnement. J’adore ses robes à fleurs et ses chapeaux assortis. Ils sentent bon la campagne.

Julie soudain se referme sur elle-même et se tait. Elle vient de se souvenir de la journée qui l’attend.

- n’ai pas peur ma douce princesse, je ne serais pas loin de toi. Je t’ai aussi promis qu’ici tu vas guérir, souviens toi, je ne t’ai pas menti. Ta maladie n’est pas si grave, mais je crois que tu ne rentreras plus chez toi, à la ferme dans le Centre. Il va falloir te faire à cette idée tu sais. C’est ici que tu vas construire ta nouvelle vie.

Julie se lève d’un bond.

- hors de question ! Jamais ! Paul m’attend à la ferme, jamais je ne le laisserai seul là-bas ! Tu dis n’importe quoi fée de malheur !

Et elle s’enfuit à toutes jambes vers la maison. Dans sa précipitation, elle accroche sa robe de chambre en soie rouge et la déchire. En larme, elle s’effondre au pied de sa mère, qui dans la cuisine prépare le petit déjeuner.

- Jeanne, Jeanne, vient vite, crie Anémone, Julie est tombée, je crois qu’elle s’est évanouie ! Encore !

Jeanne accourt rapidement et constate avec bonheur que Julie s’éveille déjà. Julie est d’une blancheur à donner froid dans le dos, mais sa respiration est calme et elle ne siffle pas comme d’habitude quand elle fait une crise de ce genre.

- que s’est-il passé ? d’où viens-tu ? pourquoi ta robe de chambre est-elle déchirée ? Tu te sens mieux ? Tu m’as fais peur ma chérie, dis Anémone dans tous ses états.

- Je suis allée à l’étang. J’ai vu la fée. Celle de chez nous maman, la même, elle m’a suivi jusqu’ici. Elle m’a dit que j’allais guérir mais que jamais je ne rentrerai à la maison.

Maman dis moi que c’est pas vrai, dis moi que je vais rentrer s’il te plaît. Elle mentais n’est-ce pas ? Maman dis le moi !

Jeanne et Anémone se regarde et étrangement aucune d’entre elle ne semble apeurée. Sans doute Julie a-t-elle eu une vision !

Les deux femmes cachent t’elles quelque chose ? un secret ?

Il semble pourtant qu’aucune d’entre elle n’a envie d’en débattre pour le moment !

C’est Anémone qui prend la parole la première :

- Allons ma chérie, cela n’est rien, tu vas déjà bien mieux. Nous allons prendre notre petit déjeuner, ensuite tu te doucheras, tu t’habilleras et nous irons à ce rendez-vous à l’hôpital.

- mais maman ? tu ne me crois pas ? Jeanne ? son regard interroge les femmes l’une après l’autre sans trouver de réconfort ni aucune réponse.

Très bien, dit elle en se ressaisissant, puisque personne ne veut me croire, je ne vous dirai plus rien désormais. Mais je rentrerai chez moi à la ferme dès que possible !

Jeanne et Anémone attendent que Julie ai terminé de manger et soit montée se préparer pour s’interroger.

- Tu le crois toi ? tu crois que c’est notre vieille tante Harmony ?

- Nous aurions dû demander à Julie comment elle était, et si elle portait un médaillon en soleil. Mais honnêtement, continue Jeanne, oui je crois que c’est elle. Je pense aussi que ce qu’elle a dit à Julie est la réalité ! Elle avait un don de vision dans le futur souviens toi ! Elle t’avait dit un jour de quitter le centre, que ça n’était pas une région accueillante pour toi et ton époux et souviens toi du résultat final ! Tu es veuve Anémone ! Elle avait donc raison !

-  Mon dieu c’est une malédiction rajoute Anémone.

- bien sur que non puisqu’elle a dit que Julie allait guérir, mais par contre elle restera ici ! Tu devrais en informer Paul et pourquoi pas le faire venir lui aussi ici ! Il y a de la place et les bons travailleurs sont recherchés.

Quand à moi, je vous dépose à l’hôpital, je porte les trois autres enfants au port trouver Yann le péchou et je reviens ici pour retrouver cette bonne fée qui n’est autre que notre chère tantine Harmony. J’ai hâte de la revoir si c’est le cas !

Finalement Anémone et Jeanne affichent un sourire gigantesque. Elles ne sont pas perdues bien au contraire. Le secret de famille si profondément enfoui refait surface, reste désormais à le transmettre à qui de droit, c’est-à-dire à Julie, sans lui faire ni peur ni mal, ce qui n’est pas gagné d’avance.

- Julie a l’esprit sain et croit déjà en ce qu’elle vient de voir, donc cela ne devait pas être trop difficile de lui annoncer ce qu’elle est, dit Jeanne.

- un être extraordinaire relève Anémone.

- Allons donc nous préparer, rajoute Jeanne.

Anémone monte l’escalier d’un pas léger, comme libéré d’un terrible poids, un secret trop bien enfoui depuis tant d’années.

Jeanne peut l’entendre siffloter un vieil air qu’elle connaît bien pour l’avoir elle aussi sifflé des milliers de fois.

- La famille renaît enfin, songe silencieusement Jeanne.

Oui, la famille renaît. Elle laisse échapper un long soupir de contentement, comme libérée elle aussi.

- Les enfants ! Allez la marmaille, je vous attends au p’tit déjeuner, pressons, pressons, Yann le Pêchou ne va pas vous attendre jusqu’à ce soir !

Chapitre 10

La visite à l’hôpital

Anémone et Julie prennent le bus pour se rendre à Lorient. L’hôpital est au centre de Lorient et pas difficile à trouver même pour celui qui ne connaît pas la ville.

A l’accueil la jeune demoiselle affiche un sourire franc et dirige les deux femmes dans le bon couloir. Elles ne tardent pas à trouver la salle d’attente et s’installent non s’en en avoir averti la secrétaire au passage.

Il n’y a personne d’autre dans la pièce. Julie a mal au ventre et se sent oppressée. Elle a un peu de mal à respirer et son teint laisse à croire qu’un malaise se prépare.

Le docteur ouvre la porte et les invite à entrer dans son cabinet.

- entrez donc madame, Mademoiselle, installez-vous s’il vous plait.

Le Docteur Cochin m’a téléphoné hier encore pour prendre de vos nouvelles. Je le contacterai dès votre départ pour le tenir au courant de la situation.

Alors Mademoiselle, déshabillez-vous et installez-vous sur la table là derrière.

Julie s’exécute timidement. La pièce est chaude et pourtant Julie tremble. Le silence est troublant. Personne ne dit mot, on peut entendre la respiration de chacun.

- Je suis prête Docteur annonce d’une voix fébrile Julie.

Le Docteur l’ausculte adroitement. Il n’oublie rien et passe le corps de Julie à une inspection méticuleuse et professionnelle. Il est assez froid, mais sa réputation n’est plus à prouver, on peut lui faire confiance.

- et bien Madame Morin, cela est bien étrange. Son pouls est un peu rapide, mais je pense que Julie est stressée par le verdict de cette visite. Je n’en tiendrai donc  pas compte. Je ne vois rien de spécial qui laisse à penser qu’elle soit gravement malade. Je tiens cependant à lui faire quelques examens supplémentaires pour être tout à fait rassuré. Nous allons d’ailleurs y aller directement si vous n’y voyez aucun inconvénient bien entendu Madame Morin.

- Bien sur que non Docteur nous sommes ici pour ça. Mais je dois vous avouer que je suis un peu plus rassurée de voir que vous n’avez rien trouvé pour le moment.

Anémone sait désormais d’où vient le mal. Il va falloir annoncer à Julie le secret de famille enfoui depuis des années. Elle se rend compte aujourd’hui que jamais elle n’aurait du cacher la vérité à sa fille. Malgré tout, elle va laisser le Docteur finir les examens pour être totalement rassurée, on sait jamais ! si elle se trompait une nouvelle fois !

Julie est mmenée en salle de radio, où elle passe des radios des poumons et de tout ce qui est possible. Rien ne révèle un  problème quelconque. Tout va bien.

- Madame Morin, annonce avec une fierté non dissimulée le Docteur, je dois vous dire que votre fille Julie n’a rien ! absolument rien. Si elle a été malade un jour, sans doute cela a-t-il eut un lien avec la poussière, une allergie avec les foins, mais ici tous les symptômes se sont évanouis. Elle n’a plus rien ! Absolument rien !

Julie rougit de plaisir et fond en larme dans les bras de sa mère qui ne peut elle non plus contenir son émotion, malgré le fait qu’elle se doute désormais d’où vient le mal.

Il va falloir agir vite. Pour ne pas que les crises reprennent, mais il sera bien temps de penser à cela au retour à la maison avec Tante Jeanne.

Anémone et Julie remercie vivement le Docteur de sa gentillesse et c’est le cœur léger, léger, qu’elle quittent l’hôpital. Elle ne rentrent pas directement finalement. Le centre ville est tout près, elle décident d’y aller faire un tour. Les rues sont pavées et les boutiques ne manquent pas ! Vêtements, bijoux, fleuristes, bibelots, chaussures, ici rien ne manque.

- Maman, il faut des fleurs pour Tante Jeanne. Et des chocolats pour les enfants. Et un joli chapeau pour moi ! avec des fleurs ! ha oui un chapeau comme tante Jeanne. J’aimerai bien aussi une petite robe fleurie comme la tienne et celle de Jeanne. Nous aurions ainsi chacune la notre. Ca serait amusant non ? Chacune avec un chapeau et une robe fleurie ? J’imagine la tête des gens dans la rue, ce serait à mourir de rire, nous serions si jolies toutes les trois n’est ce pas maman ?

- bien sur ma chérie. Allons-y. mais sache aussi que dès notre retour à la maison, nous devrons parler toutes les trois. Jeanne et moi avons des choses à te dire ma chérie. Mais le temps est aux dépenses, alors dépensons et faisons nous plaisir !

Anémone se sent un peu soulagée d’avoir abordé vaguement le sujet. Julie est heureuse et cela se voit.

Elle ressemble à un petit papillon devant les vitrines, elle virevolte et semble si légère que si le vent se levait, elle s’envolerait.

Au bout de deux heures, les bras chargés de cadeaux en tous genres elles décident de rentrer. Le bus est presque vide, heureusement car il leur faut les deux sièges derrière les leurs pour poser tous les paquets qu’elles ont achetés.

- Quelle magnifique journée maman ! Merci ! de tout cœur merci ! Je suis si heureuse !

Anémone lui adresse un sourire. Elle songe à ce soir. Comment Julie va t-elle réagir ?

L’arrivée chez tante Jeanne est glorieuse, comme d’habitude tout le monde rit, les enfants font une ronde en chantant :

- Julie n’a rien, Julie n’est pas malade, tralalère !

Jeanne et Anémone se regarde et tandis que les enfants déballent les paquets, elles s’éclipsent discrètement dans la cuisine pour parler du déroulement de la prochaine soirée.

Chapitre 11

Le secret de famille

La fin de l’après-midi se déroule tranquillement. Romain, Marie et Clément racontent leur partie de pêche en mer avec Yann le péchou. Ils ont rapporté des crabes, des moules, des huîtres  et même un homard  que Jeanne a préparé pour le dîner de ce soir.

Le dîner est un vrai régal, même pour des enfants qui n’avaient encore jamais goûtés aux fruits de mer. Les huîtres n’ont pas eu un franc succès mais le reste est avalé en un clin d’œil.

- Ce soir seules Anémone, Julie et moi débarrasserons annonce tranquillement Tante Jeanne. Vous pouvez monter jouer.

Les enfants ne se font pas prier et dévalent les escaliers dans un vacarme infernal.

C’est Jeanne qui commence.

- Bien, Bien, Julie, nous avons une chose à t’annoncer. Heu… comment dire……tu….heu

- Laisse-moi lui expliquer réplique Anémone, voyant que sa sœur a du mal à sortir les mots de sa bouche.

Voilà Julie, reprend-elle très sure d’elle, tu as un don. Enfin non pas toi, mais NOUS AVONS TOUTES LES TROIS UN DON, dit elle en haussant le ton.

- Pardon maman ?

- Ne me coupe pas la parole s’il te plaît ma chérie, c’est assez difficile comme ça de t’expliquer. Nous avons donc un don, chacune à le sien bien particulier. Tante Jeanne par exemple peut…

- Soigner les gens malades, coupe Jeanne en affichant un sourire radieux.

- heu oui, Jeanne s’il te plait ne me coupe pas non plus la parole. Merci ! Donc Tante Jeanne peut soigner les gens. Quand à moi je peux retrouver des choses, des objets et même parfois des personnes disparues.

Julie n’en croit pas ses oreilles et appréhende désormais la suite de la révélation.

- Et moi ?

- Et bien toi ma chérie tu peux voir le passé. C’est pour cela que tu as vu la fée dans la mare. En fait elle n’est pas une fée, mais notre vieille tante Harmony qui elle avait un don de vision du futur. C’est pour cela que tu l’as vue l’autre jour dans la mare, elle voulait te rassurer. Nous pensons en fait, Jeanne et moi qu’elle te protège depuis pas mal de temps.

Jeanne reprend de plus belle,

- Nous pensons que ta maladie, si maladie il y avait, nous en doutons finalement. Nous pensons Anémone et moi que c’est la tante Harmony qui te rendait malade, pour en fait, te faire venir ici, sans que ta mère et moi nous nous doutions de quelque chose. Tu dois avoir quelque chose  à faire ici. Mais de là à savoir quoi et quand ?

Seul l’avenir nous le dira. Et pour cela, je pourrai t’aider puisque je peux lire l’avenir quand besoin est !

Il te faudra simplement me laisser le temps de te connaître un peu mieux, car vois-tu Julie, je ne te connais que depuis peu finalement, et je ne vois l’avenir des gens que j’aime seulement si j’ai une totale confiance en moi. Pour les inconnus c’est bien différent, il me suffit de toucher leurs mains, de regarder une photo, ou même de leur tirer les cartes. C’est plus simple quand je n’ai pas de sentiment pour les personnes que je veux aider.

- ma maladie, mes malaises avaient-il un lien avec ce don ?

- nous  n’en avons aucune idée. C’est pour cela qu’il fallait que tu vois un médecin. Pour que nous soyons certaines que tu n’as rien de grave, repris Anémone.

Après ta visite à l’hôpital, nous en avons parlé Jeanne et moi et nous pensons désormais que le don que tu as te rend malade. Il va falloir que tu apprennes à l’utiliser pour aider les autres.

Ainsi seulement tu pourras vivre normalement et sereinement.

- si on peut dire, rajouta Tante Jeanne en souriant.

Elle a l’air ravi, songea Julie avec un peu de crainte et pas mal d’angoisse. Mais en y réfléchissant bien, cela pourrait être amusant. Et puis…aider les gens autour de soi c’est toujours plaisant.

Anémone et Jeanne observent attentivement Julie afin d’y déceler le moindre signe de joie, ou d’autre chose. Elles plissent le front ce qui creuse les rides et les rend un peu plus sage que d’ordinaire. L’attente est longue, Julie se délecte de les faire attendre. Enfin elle juge qu’elle les a assez fait mariner :

- Et bien ! rien n’est simple dans cette famille. La maladie, le voyage en train pour venir jusqu’ici, la rencontre avec les adorables orphelins, la fée qui n’en est pas une mais plutôt « un fantôme », et maintenant des dons !

Ma foi, je n’ai pas vraiment le choix, il va me falloir assumer  cette chose là et…

Julie prend une grande respiration et termine sa phrase joyeusement en sautant sur place comme un ressort qu’on détend brusquement

- je suis très heureuse d’être ta fille maman, très heureuse d’être ta nièce tante Jeanne, et ravie de ne pas être comme les autres enfants…..MAIS, JE NE SUIS PLUS UNE ENFANT, qu’on se le dise !

- il va falloir fêter ça, mais attention ! il ne faut pas prendre cela comme un jeu. C’est très sérieux, il va falloir apprendre à maîtriser ce don, Julie, rester très discrète et ne rien révéler autour de toi. Certaines personnes encore de nos jours, nous prennent pour des sorcières….dit Anémone.

- Ce que nous sommes ! réplique Jeanne.

- Oui, mais nous n’avons pas pratiqué la magie depuis des années. Nous devons être un peu rouillées ! Nous avons promis, je te le rappelle, de ne plus utiliser nos pouvoirs et de vivre comme tout le monde !

- Ok sœurette, rajoute Jeanne mais là, c’est un cas de force majeur ! Nous devons agir pour sauver Julie.

- Heu…. Je peux vous couper la parole ? demande timidement Julie.

- Pardon Julie, oui que veux-tu ?

- Et bien…devons nous en parler à Romain, Clément et Marie ?

- Surtout pas malheureuse, réplique Jeanne précipitamment. Silence complet sur nos agissements. Nous ne sommes même pas certaines que nos dons existent toujours, depuis le temps que nous n’avons pas pratiqué, il se peut que nous soyons avec le temps devenues comme tout le monde dans les parages !

- Moi je suggère d’aller nous coucher, la nuit porte conseil et nous sommes toutes les  trois épuisées, termine Anémone.

Elles s’embrassent tendrement et rejoignent chacune leur chambre l’air songeur…

Chapitre 12

Rencontre avec Madame Robinot

Les jours qui suivirent furent très captivants pour Julie. Elle passe son temps à travailler en compagnie de sa mère et de sa tante afin d’apprendre à maîtriser son pouvoir. Les orphelins quand à eux ont pris « Yann le pêchou » en amitié et passent leurs journées à la cale du petit port de plaisance de Guidel ainsi qu’à la pêche en mer. Bientôt la pêche n’aura plus aucun secret pour eux ! 

Chose étrange, Julie se sent beaucoup mieux, n’a presque plus de vertiges ni de malaises !

Le fait de libérer son étrange pouvoir de vision du passé la libère de son mal-être.

 Mais Julie veut plus ! Elle veut aider les gens. Ils sont si nombreux à être malheureux qu’elle ne peut se résoudre à taire ce dont elle est capable de faire. Si elle peut soulager les personnes de quelque façon que ce soit, elle veut le faire. Quel qu’en soit le prix à payer !

C’est ainsi que Madame Robinot entre dans sa vie. Elle est très âgée,  si ratatinée qu’on dirait une vieille pomme de reinette. Elle a l’air si triste que le fait de la regarder donne l’envie de pleurer.

Julie se dit en voyant cette pauvre dame la croiser dans la rue qu’il y a certainement un problème dans sa vie.

Sans écouter les conseils de sa tante et de sa mère, elle décide donc de l’aborder et d’en savoir plus.

- bonjour madame, vous avez deux minutes ? Je suis Julie la nièce de Jeanne de Guidel plage vous la connaissez ?

- Qui ne connaît pas Jeanne ? dit elle en souriant. Cette femme est d’une bonté et d’une générosité étonnante et même si tout le monde la prend pour quelqu’un d’un peu folle, tout le monde l’aime bien votre tante.

Que me voulez-vous ?

- Et bien voilà, pardonnez-moi d’avance pour ma franchise, mais en vous croisant, je vous ai trouvé l’air si triste que je n’ai pu m’empêcher de me demander pourquoi ?

Silence…

Le visage de la vieille femme s’assombrît encore un peu plus. Julie se tait… elle attend religieusement la suite.

Quand enfin, dans un grand souffle, la femme se met à parler.

- c’est une vieille et longue histoire que la mienne. Ma tristesse remonte à 15 ans le jour où mon fils Victor a disparu. Personne n’a jamais su ni où, ni comment, ni pourquoi ? Tout le monde le croit…mort ! Même la police ! Mais moi je sais qu’il est toujours en vie ! Il aurait 20 ans aujourd’hui…

Elle ne peut contenir ses larmes et s’effondre dans les bras de Julie qui pleure avec elle.

Et si…..et si….non c’est trop fou se dit-elle…..tout de même et si je vois dans le passé….je peux sans doute connaître la vérité.

- madame, calmez-vous. J’ai une proposition à vous faire. Retrouvez-moi demain soir chez ma tante Jeanne. Près de la  mare, vous voyez où elle est ?

- oui oui je connais la maison de Jeanne, elle a un jardin merveilleux rempli de fleurs. Cette mare est aussi une vraie beauté. Mais pourquoi ? pourquoi voulez-vous me rencontrer demain soir ? A quelle heure ?

- ne posez pas trop de question, je ne sais pas trop moi-même mais je sens qu’il faut que je fasse quelque chose pour vous aider à aller mieux. Demain soir à 20 heures à la mare, sous le saule pleureur. Apportez une photo de votre fils.

Julie embrasse la dame, qui scotchée, ne sait plus si elle doit pleurer à nouveau ou espérer quelque bonne nouvelle de son fiston disparu depuis 15 ans déjà ! 15 longues années à espérer, seule contre tous ! Elle n’a cessé de clamer qu’une mère sent si son fils est mort ou vivant. Et elle sait qu’il est quelque part, bien vivant !

Julie rentre en courant chez elle. Elle ne sait pas pourquoi mais elle est toute énervée ! Jeanne et Anémone, occupées dans le jardin, ont presque peur en voyant passer Julie à toute vitesse devant elle.

- Enfin ! Julie ! Pourquoi coure tu aussi vite ? Crie Anémone

- Rien maman, rien tout va bien, tout va très bien même. J’ai à faire, je reviens bientôt, je vais à la mare, ne me dérangez sous aucun prétexte, merci. Crie-t-elle à son tour à sa mère.

- ha ! la jeunesse réplique Jeanne en riant. Insouciante et spontanée. Tu te souviens ? nous aussi quand nous étions jeune, nous courions aussi vite que Julie, dit-elle en riant de plus belle.

Julie se réfugie sous le saule, regarde autour d’elle si personne ne l’a suivie et s’installe près de l’eau.

Elle a du mal à se calmer et à se détendre, il lui faudra bien 15 minutes avant de retrouver son calme.

- Harmony, Harmony, j’ai besoin de toi, chuchote Julie pour ne pas être entendue.

Le silence devient pesant, de longues minutes s’écoulent, Julie à l’impression qu’elle attend depuis des heures quand soudain, l’eau de la mare frémi, se trouble, pour retrouver l’éclat d’un miroir presque aussitôt.

A coté de Julie, Harmony, de son air coquin, tout sourire, se tient assise sur l’épais tapis de mousse.

- Bonjour ma douce Julie, comment vas-tu ? Tu m’as l’air agitée, que se passe-t-il ?

- Ho Harmonie, bonjour, comme je suis contente de te retrouver. J’ai un soucis, enfin cela n’est pas vraiment un souci mais un problème à résoudre.  De plus cela ne me concerne pas mais plutôt une vieille femme qui est très malheureuse.

- dans ce cas, réplique Harmony, aucun doute, nous devons tout faire pour rendre la joie de vivre à cette dame. Ou est le problème ?

Julie raconte toute l’histoire dans le moindre détails à sa tante, sans rien oublier. Harmony, écoute avec attention, prend un long moment de réflexion qui fait presque peur à Julie tant le silence est oppressant, quand enfin elle se décide à parler :

- Julie cette affaire te concerne au plus haut point mais je ne peux t’en dire plus à ce sujet pour le moment. Tu le devineras au fur et à mesure que le temps fera sa route. Il te faut en tous les cas et je  ne reviendrai pas là-dessus,  retrouver ce jeune homme car il est désormais un beau jeune homme de 20 ans.

Julie se tait. Elle écoute religieusement le fantôme de sa tante, elle a le cœur qui bat trop vite, beaucoup trop vite. Elle ne se sent pas bien du tout et un vertige laisse deviner la suite.

Julie tombe dans les pommes. Harmony ne fait rien, sereine elle sait que Julie ne risque rien. Apparemment elle a même l’air de savoir ce qui se passe.

Julie est calme, un sourire se dessine sur ses lèvres, elle ouvre les yeux,  tranquille, sourit à sa tante, mais ne dit mot.

- reviens demain avec cette dame, lui dit doucement Harmony en lui caressant la joue. Reviens demain ma douce et nous en saurons plus.

Julie reprend des couleurs, se lève lentement, envoi un baiser affectueux de la main à Harmony qui n’est déjà plus qu’un reflet trouble dans l’eau de la mare.

Elle rejoint la maison où l’attendent Jeanne et Anémone, un peu inquiète de l’attitude étrange de Julie.

Personne ne dit mot pourtant.

On dirait que tout le monde sait ce qui se passe et que personne n’y peut rien, c’est le destin de Julie.

Chapitre 13

Mais où est passé Manu ?

Julie passe une nuit sereine, pleine de rêves incroyables.

Au petit matin, elle comprend pourquoi Harmony lui a dit que ce jeune homme la concerne au plus haut point.

Elle sourit.

Elle est presque heureuse mais une boule d’angoisse reste coincée dans sa gorge. Il y a un problème. Il faut savoir pourquoi ce jeune homme a disparu sans laissé de traces, durant tant d’années.

Julie a hâte au rendez-vous du soir avec Madame Robinot. La journée se passe lentement, très lentement, bien trop lentement au goût de Julie. Mais enfin l’après-midi touche à sa fin.

Anémone et Jeanne ont comprit qu’il fallait la laisser tranquille et ont passé la journée avec les autres enfants. Ils sont allés au port voir Yann, qui leur a donné des araignées pour le déjeuner. Jeanne a fait une mayonnaise bien relevée et tout le monde s’est régalé de ces drôles de bestioles qui vivent au fond de la mer.

Chacun vaque à ses occupations quand la petite cloche de l’entrée de la propriété se  met à chanter.

Julie sait que c’est Madame Robinot qui arrive et se précipite dehors en criant.

- c’est pour moi j’y vais ne bouger surtout pas et ne me déranger pour rien au monde. Je serais à la mare, tout va bien !

Julie accueille Madame Robinot et d’un sourire rassurant la mène sous le grand saule. La vieille femme n’a plus peur de rien. Elle a déjà tout perdu et sa vie n’a plus de sens depuis 15 ans déjà. De si longues années. Julie a apprit qu’elle n’a que 60 ans cette femme, elle en paraît pourtant 80.

Elle fait 20 ans de plus que son âge. Soit l’âge de son fils qu’elle porte sur ses frêles épaules depuis tant d’années.

Elles s’installent sur la mousse, la nuit commence à tomber, le coucher de soleil se reflète sur la mare qui à l’apparence d’une lave en fusion vêtue de ce rouge flamboyant.

- cet endroit est magique, dit la dame en souriant tristement.

- vous ne croyez pas si bien dire Madame. Julie éclate de rires. Son rire n’est nullement déplacé ni moqueur. Elle sait que le jeune homme est vivant. Elle a hâte de l’annoncer à La femme, mais ne sait pas trop par quel bout commencer pour ne pas la choquer.

- il ne faut pas désespérer Madame. Jamais ! Mais ça vous l’avez compris dès le premier jour n’est-ce pas ?

- Oui, je sais qu’il est vivant mon petit. Il s’appelle Manu, je ne vous l’avais pas déjà dis ?

- Non Madame. C’est un joli prénom. Vous avez appporté sa photo ?

- Bien sur ! vous me l’aviez demandée et puis de toute façon j’en ai toujours une sur moi. C’était le jour de ses 5 ans dit-elle les larmes aux yeux. C’était un petit garçon très sage, un vrai clown qui adorait faire rire les grands.

- Il faut me raconter tout. Son père ? où est-il ?

- nous nous sommes séparés depuis des années. Notre couple n’a pas survécu au drame. Il m’a regardé un jour, dans la cuisine, devant son café et m’a dit :

« je pars, je ne t’aime plus, nous n’avons plus rien en commun, je suis désolé » et il est parti. Moi, je n’étais même pas triste, c’est ainsi, j’avais perdu mon fils, je perdais mon mari. Il y a des gens qui ne sont pas faits pour le bonheur ! Je dois en faire parti voyez-vous !

- vous dites n’importe quoi Madame. Vous méritez de vivre heureuse comme n’importe qui d’autre. Dites-moi ? Il a disparu quand Manu ?

Madame Robinot reprend son récit :

- le jour de ses 5 ans pardi ! Il a ouvert ses cadeaux, a soufflé ses bougies, est allé essayer le superbe vélo rouge qu’il avait reçu de son papa. Nous lui avons dit de ne pas s’éloigner mais il a disparu au coin de la rue.

Nous l’avons attendu un instant. Il n’est jamais réapparu. Nous avons cherché partout. Le vélo aussi a disparu. Envolés ! tous les deux !

- Comme c’est étrange dit Julie en se grattant le crane. Aucune trace dans la rue ?  Rien ?

- non, rien. Les gendarmes ont cherché partout des indices, mais rien. Un vrai mystère. Mon petit s’est envolé.

Et elle éclate en sanglots.

- Il n’y avait rien dans la rue. Ni voiture, ni chien, ni personne. Il a disparu je vous le dis ! Disparu. Je veux retrouver mon petit s’il vous plait aidez moi.

- demain j’irai chez vous Madame. Vous me montrerez la rue où cela s’est passé. Peut-être que j’y verrai plus clair. Je sais qu’il est vivant. Soyez en certaine ! Je ne vous le dirais pas si je n’en était pas sûre. Il est vivant. Je ne le sent pas très loin mais je n’ai que des images troubles. Il faut que j’aille sur place pour en savoir plus.

- Vous savez Mademoiselle Julie, ici à Guidel, tout le monde sait quels sont les pouvoirs de Jeanne. On la traite de folle parce qu’ on en a un peu peur, j’imagine donc que étant de la famille, vous êtes un peu pareille ? Moi, je vous aime bien, je sais que vous êtes une bonne personne, tout comme votre tante Jeanne.

- Comme vous êtes gentille Madame, mais s’il vous plait ne parlez pas trop de cette histoire autour de vous, vous savez combien les gens différents sont mal perçus. Vous pouvez être rassurée quand à ma famille. Nous sommes tous très gentils. Un peu fou il est vrai mais la vie est si courte qu’il faut en croquer chaque petit bout sans se priver surtout de semer le bonheur autour de soi. Il est vrai que de nos jours les gens sont trop sérieux. Quand à nos pouvoirs….. je m’en accommode et tant mieux si je peux aider les autres. Personne ne peut blâmer ce genre d’attitude.

A demain donc Madame Robinot, dormez bien, buvez une bonne tisane à la camomille. Tante Jeanne en prépare une très bonne, je vais vous en donner. Vous n’aurez qu’à la faire infuser en rentrant chez vous.

La vie est belle, répétez-le vous sans cesse.

- Merci Mademoiselle, à demain, je me languis déjà.

Les femmes se lèvent, s’embrassent affectueusement et se quittent. Julie ne raccompagne pas La dame. Elle se rassoit et attend quelques secondes. Cette fois Harmony ne se fait pas attendre. Julie n’a pas le temps de parler.

- hé bien ! Je vois que tu ne perds pas ton temps Julie. Tu comprends vite, mais surtout tu apprends très vite !

Tu en déduits quoi pour terminer ?

- J’ai un peu de mal à comprendre ce qui s’est passé. S’il n’y avait personne sur les lieux où a-t’il bien pu passer ?

- demain, regarde bien autour de toi. Quelque chose, où plutôt, un endroit à échapper à l’œil des gendarmes. Il y a quelque chose qui devrait te frapper. Je ne peux t’en dire plus car seul toi dois le découvrir, retrouver ce garçon, devenu homme et…..

Mais je m’égare c’est trop tôt encore !

Allez Julie vas dormir, demain une longue journée t’attend. N’oublie pas d’embrasser ta mère et Jeanne surtout. Tu les laisses un peu de côté ces temps ci. Mais elle comprennent bien ne t’inquiète pas, elle savent que tu fais quelque chose qui ne les regarde pas et respectent ce que tu fais.

- Je t’aime Harmony, je t’aime si fort. Ma fée, ma bonne fée, sans qui je ne serais rien. Merci pour tout. Tes conseils me sont précieux.

Je suis fatiguée, dit-elle en baillant. Je vais donc embrasser maman et tante Jeanne et aller me coucher.

Harmony ?

- oui ma douce ?

- ne trouves tu pas que Manu est un joli prénom ? dit elle en rougissant

- Si Julie, c’est un très joli prénom lui répond elle en chuchotant doucement à son oreille, c’est un très joli prénom.

Julie rentre toujours une boule dans la gorge, mais cette fois elle ne sais pas pourquoi elle ne peut s’empêcher de sourire en répétant ce prénom si joli.

Elle dine sans grand appétit, toujours le sourire figé sur son joli visage. Cela fait rire les enfants. Jeanne et Anémone échangent un regard attendri.

Julie débarrasse la table toujours en souriant, sans dire mot.

Elle monte dans sa chambre, se brosse les dents, toujours en souriant, se couche et s’endort paisiblement….en souriant.

Manu, mon doux Manu……mon prince charmant, je t’attends !

Chapitre 14

Le puits du n° 7 de la rue cochenille

Julie se réveille en pleine forme. Comme une fleur elle saute de son lit, enfile sa robe de chambre et descend à la cuisine en sifflotant.

Jeanne est déjà réveillée.

- Bonjour ma grande, comment vas-tu ce matin ?

- ho, superbement bien tante Jeanne et toi ?

- pareillement, répond Jeanne songeuse, pareillement. Que vas-tu faire aujourd’hui ?

- je vais rendre visite à madame Robinot. Je ne rentrerai sans doute pas pour le déjeuner, ne t’inquiète donc pas, ok ?

- mais bien sur Julie. Vas donc aider cette bonne dame, elle en a besoin. Tu sais nous avons bien compris ta mère et moi que tu utilises ton don malgré nos recommandations. Nous ne t’en voulons pas ! mais si cela tourne mal saches que nous t’avons prévenu !

Anémone entre dans la pièce à son tour.

- J’ai faim ! dit elle. Que se passe t-il ? un problème ?

- non non réplique Jeanne, tout va très bien. Julie va passer la journée chez La bonne Dame Robinot, tu sais la femme qui habite la rue cochenille.

- haaaaa oui, je vois, je vois. Sois prudente ma fille et fais ce que tu dois faire.

- ho lala ne vous inquiétez pas pour moi, je vois bien que vous vous posez des questions mais faites-moi donc confiance ! j’ai presque 16 ans désormais ! Je ne suis plus un bébé !

- c’est que des choses se passent dans la rue cochenille. Nous n’avons pas le droit de t’en parler. Sois prudente donc et sache que si tu as besoin de nous, il te suffira de penser très fort à nous et hop….nous arriverons à ton secours. C’est clair ?

Julie réfléchie elle ne comprend pas tout !

- est-ce bien clair redemande Anémone fermement ?

- oui maman, j’ai compris. Je pense à toi et tu arrives. C’est très clair.

Julie passe le reste de la matinée à se préparer. Elle ne sait pas pourquoi mais il lui faut un sac à dos avec dedans des choses qu’elle y jette sans trop réfléchir mais avec la certitude que ça va lui servir. Une gourde, une corde, une canne, un plumeau, une clé, un cadenas et enfin un plaid, un pot de compote de pommes et une petite cuillère. Tout  ceci est sans aucun sens mais cela paraît important malgré tout ! Elle est tout excitée à l’idée de revoir Madame Robinot.

Julie embrasse mère et tante et s’en va légère sur son vélo. La femme n’habite pas très loin, mais au bourg, près de l’église de Guidel. Il y a une petite place vide la semaine, mais très animée le dimanche avec les marchands qui s’entassent et égayent joyeusement la place de leur bonne humeur. C’est que l’hiver, il en faut de la bonne humeur pour venir affronter le froid pour vendre légumes, fruits, poulets grillés, vêtements, paëlla, fleurs et toutes sortes de choses qu’on peut trouver généralement sur un marché. La marchande de légumes, Monique attend le printemps avec impatience. Elle raconte que l’autre jour, à travailler au champ dans le froid glacial, son nez a bien failli geler !

Enfin bref, autour de cette place, plusieurs petites rues, dont la rue Cochenille. Julie s’y engouffre rapidement et pédale gaiement. Madame Robinot habite au n° 22. Julie n’est qu’au début de la rue, elle ralentit devant le n° 7, intriguée par un puits devant la maison. Un puits ? ici ?

- comme c’est étrange songe t’elle.

Julie descend de son vélo et s’approche du puits. Il est fermé par une sorte de grosse trappe. Il y a un loquet dessus, mais il est tout rouillé.

- il faut que j’aille voir Madame Robinot.

Mais  Julie  est très curieuse et ne peut quitter ce puits étrange. Il est en pierres, est surmonté d’un toit avec au centre un crochet tout rouillé lui aussi.

- Si j’osais…

Julie regarde autour d’elle. Personne !  Elle décide de soulever la trappe juste pour voir ce qui se passe en dessous !

- je regarde juste….. ensuite je m’en vais !

La trappe enlevée, Julie se penche au dessus du trou noir. Cela a l’air très profond mais …

- on dirait que c’est plus clair dans le fond ! comme c’est bizarre ! et si…. Ho non cela ne serait pas prudent voyons ! mais….quand même….que peut-il y avoir dans le fond du puits ?

Julie se souviens de la corde qu’elle a mis dans son sac à dos ! elle décide donc de l’attacher au crochet rouillé du puits. Ca à l’air solide !

- allez ! je me lance ! nous verrons bien ce qu’il va arriver !

Julie se laisse glisser dans le puits, elle a peur. Pourtant personne n’aurait pu l’empêcher d’y descendre. Elle sent que c’est ici que se trouve la solution. « Il faut suivre son instinct » dit toujours Tante Jeanne.

La descente est assez longue mais se passe s’en encombre. Julie aperçoit désormais le fond. C’est comme elle le pensait bien éclairé ! Son cœur commence à accélérer. Elle touche le fond du puits.

- pas d’eau ?  et ? mais ? il y a une porte ici ?

La porte ne s’ouvre pas, elle semble fermée à clef.

- la clef ! mais oui bien sur, dans mon sac à dos !

Julie s’empresse de trouver la clef jetée à la hâte dans le sac. Elle la glisse doucement dans la serrure et tourne lentement….

La porte ne résiste pas et Julie entent le cliquetis du loquet s’ouvrir. Elle tourne la poignée prudemment et pousse la porte.

- ho mon dieu, dit elle, mais où suis-je ?

Devant elle un paysage merveilleux. De l’herbe bien verte, des arbres de toutes sortes, des fleurs par milliers. Ca sent bon c’est incroyable. Pas un bruit ici, pas même celui du vent dans les feuilles ! et dans les arbres…. Oh mon dieu, dans les arbres il y a des photos. Des photos par dizaines accrochées sur les branches. Des visages d’enfants, d’adultes.

Julie s’avance lentement. Rien est normal ici il faut faire attention. Elle ne sait ou regarder tant il y a à regarder tout autour d’elle. Des champignons bleus, avec des petites portes. Des marguerites avec des petites hélices à la place des pétales !

Julie se pince le bras.

- je dois me réveiller, se dit-elle.

Mais aïe, ça fait mal, elle ne rêve pas, c’est la réalité.

- Bon ! Il faut analyser ! Prendre le temps de comprendre !

Sauf que ici il n’y a rien à comprendre. Julie est dans un autre monde. Réel, mais ailleurs.

En passant près d’un arbre, un merle siffle une mélodie.

 - C’est étrange on dirait qu’il parle ! ho lala je deviens folle moi !

- non non tu n’es pas folle Mademoiselle. Tu t’appelles comment ?

- heu….c’est à moi que tu parles beau merle ?

- non c’est au pape !

- ho pardon, excuse-moi, je me prénomme Julie, puis-je savoir où je suis ?

- et bien tu es là où tu dois être pardi ! Dans le puits du n° 7 de la rue cochenille. Ici on vient seulement quand on cherche quelque chose. Que recherches tu bel enfant ?

- Heu….à vrai dire je n’en sais trop rien, j’ai juste eu envie de descendre dans le puits, je n’ai rien perdu moi.

- Tu cherches forcément quelque chose car ici on retrouve tout ce qui est égaré. Je dis bien tout !

Julie pense alors à Manu. Mais elle se dit aussitôt que c’est idiot. Quoique pourquoi pas ? Elle se retrouve bien ici dans un puits, au milieu d’un jardin extraordinaire à parler avec un oiseau. Quoi de plus normal ! 

Elle se lance.

- et bien si il y a bien quelque chose que je recherche. Enfin c’est plutôt quelqu’un, mais cette personne, ça n’est pas moi qui l’ai perdu. Je la recherche pour quelqu’un d’autre.

- ha c’est navrant ! Je ne peux donc rien pour toi bel enfant. Continue ton chemin et cherche ailleurs !

L’oiseau s’envole et disparaît au loin sans plus d’explications.

Julie est perdue. Elle ne comprend rien. Ici tout est différent. Elle marche sur un sentier bordé de petits crocus.

- Drôle de nom pour des fleurs, se dit elle.

Elle se penche pour mieux les observer et se rend compte qu’elles ont des petites dents. Finalement rien ne l’étonne plus.

-  Bonjour jolis crocus, dit elle timidement

- Bonjour jolie demoiselle, que nous veux-tu ?

- Je suis à la recherche d’une personne, pouvez-vous m’aider, le merle n’a pas pu

- le merle est un idiot, répliquent les crocus en cœur.

- ha ?

- nous sommes bien plus intelligents que lui, nous voulons bien t’aider à une condition.

- laquelle ?

- nous avons faim. De regarder ces pommes dans les arbres devant nous toute la journée nous donne faim, nous voulons manger des pommes, mais personne ne peut nous aider. Donne nous des pommes à manger et nous te donnerons un indice.

Julie fouille dans son sac à dos et en sort le pot de compote de pommes et la cuillère. Elle éclate de rires tant la situation est comique, mais s’exécute. Elle verse une petite cuillère de compote dans chacun des crocus.

- merci jolie demoiselle. Celui que tu cherches est fort, généreux et n’habite pas très loin d’ici. Mais il ne nous a jamais donné de si bonnes pommes !

- connaissez-vous le prénom de cette personne ?

- bien sur ! Il s’appelle Manu.

Julie est si surprise qu’elle tombe presque à la renverse.

- mais où ? vous me dites pas très loin d’ici, mais où est-ce ?

- continue ton  chemin, le héron te guidera. Merci encore jolie demoiselle.

Julie continue son chemin un long moment, seule, en se demandant si les fleurs ne s’étaient pas moquées d’elle. Tout à coup, un héron, couché à terre l’interpelle.

- hé ho mademoiselle Julie, je suis là, bien embêté.

- Bonjour Monsieur le héron, mais comment connaissez-vous mon prénom ?

- c’est que ici tout ce sait c’est ainsi ! Je te dirai ce que tu veux savoir si tu m’aides.

- très bien. Que puis-je pour vous ?

- Je ne peux plus marcher, je n’ai qu’une patte. Si je me lève je perds l’équilibre. Aide moi à marcher et je te guiderai vers Manu.

Julie cherche dans son sac et trouve la canne.

Elle l’attache grâce à la corde autour de la taille du héron. Cela n’est pas très esthétique mais ça fonctionne ! le héron grâce à la canne peut se tenir debout et marche.

- merci mademoiselle, merci beaucoup, continue ta route, tu n’es plus très loin, quand tu apercevras un petit vélo rouge tu t’arrêteras.

- merci Monsieur le héron.

Julie se sent un peu ridicule, un peu comme un toons dans un dessin animé, tout est si réel ici et pourtant rien ne peut être vrai ! Les oiseaux, les fleurs, ici ils parlent ! Une vraie histoire de fous et pourtant, elle est là, au milieu de tout ça !

Julie marche encore un peu et aperçoit au loin un petit vélo rouge. Elle se souvient alors de l’histoire de Madame Robinot, de l’anniversaire de Manu, du cadeau, du vélo rouge….et de sa disparition. Elle commence à comprendre ce qui s’est passé. Le puits a attiré manu, comme il l’a attiré elle aujourd’hui !

Julie accélère la pas, et s’arrête près du vélo. Rien. Il n’y a personne.

- Bonjour

Julie ne comprend pas. Il n’y a rien d’autre que le vélo près d’elle !

- Bonjour Julie

- heu…bonjour mais où êtes-vous ?

- ben là, devant toi, je suis le p’tit vélo

- ho mince pardonnez moi (allons bon un vélo qui parle maintenant)

- Celui que tu cherches est tout près. Il t’attend. Cela fait 15 ans qu’il t’attend d’ailleurs il était temps que tu arrives, il se languis désormais. Il perd de sa joie de vivre. Si tu veux le retrouver il te faut m’aider.

- mais oui bien sur que puis-je pour vous ?

- j’ai un antivol, il est coincé, il faut l’ouvrir et le remplacer par un tout neuf.

Julie cherche dans son sac et y trouve le cadenas flambant neuf.

- héhé j’ai ce qu’il vous faut m’sieur.

Elle s’applique à retirer délicatement l’ancien cadenas tout rouillé sans rayer la jolie peinture rouge du vélo et le remplace par le cadenas neuf, sans le verrouiller pour ne pas que le vélo soit bloqué à nouveau !

- de plus, vous êtes tout poussiéreux, puis-je me permettre de vous faire une beauté ?

- Mais bien entendu Mademoiselle, comme vous êtes serviable ! c’est tout à votre honneur Julie

Julie sort le plumeau du sac, nettoie le vélo qui s’agite sous les guilis  des plumes coquines. Comme il brille maintenant. Il semble tout neuf lui aussi.

- Celui que tu cherches Mademoiselle se trouve près de la rivière qui chante. Couvre lui les épaules en arrivant car il a très froid. Embrasse-le sur le front car il manque d’affection et conte lui ta vie car il n’attend que toi.

Julie rougie et court trouver la rivière qui chante.

Elle s’essouffle rapidement et se remet à marcher quand elle entend quelqu’un qui chante une douce mélodie.

- la rivière, songe-telle.

Elle ralenti encore un peu, s’approche, aperçoit enfin un homme près de l’eau de la rivière. Penché au dessus de l’eau il semble perdu dans ses pensées.

Julie n’ose pas parler et pourtant il faut bien commencer !

- Bonjour Manu. Je suis Julie.

L’homme se retourne. Son visage s’illumine quand il reconnaît Julie.

- Tu n’es donc pas un rêve ? tu existes vraiment ! Comment te prénommes-tu ?

- Je suis Julie, je suis ici pour ta maman qui te cherches depuis 15 ans.

- Maman ! Manu a les larmes aux yeux. Tout est de ma faute, je n’aurais jamais du me pencher au dessus du puits de la rue cochenille, mais je n’ai pas pu m’en empêcher. Je suis arrivé ici, je n’ai jamais trouvé la sortie ! Il doit y en avoir une quelque part.

Julie s’approche encore un peu, lentement comme si elle avait peur de l’effrayer. Il a l’air si triste. Elle pose sur ses épaules le plaid qu’elle a dans son sac, lui dépose un doux baiser sur le front.

Manu se lève alors, lui prend les mains et lui sourit.

Julie sourit aussi. Elle sait que c’est de lui qu’elle rêvait quand elle regardait l’eau de la mare, depuis sa plus tendre enfance dans l’Allier, jusqu’ici, à Guidel chez tante Jeanne.

Tout s’éclaire désormais.

- Bon, je vais nous sortir d’ici, dit Julie. C’est simple, j’ai une clef. Et une corde aussi.

Sur le chemin du retour Manu lui raconte que sur l’eau il devinait un visage de femme…..c’était celui de Julie qu’il voyait sans cesse dans le reflet de l’eau.

- tu es un ange dit-il, tu es MON ange et tu m’as retrouvé.

Julie et Manu ouvrent la porte grâce à la clef de Julie, accrochent la corde au crochet du puits resté en bas et se hissent tout en haut.

Il faut désormais aller retrouver Madame Robinot. Lui annoncer la nouvelle tout en douceur.

- Ca va pleurer dans la chaumière dit Manu en pleurant de joie.

- Allons-y dit Julie.

Ils se donnent la main. Sans réfléchir, c’est naturel. Ils avancent rapidement dans la rue vers la maison de Manu.

Chapitre 15

Les Retrouvailles

Manu et Julie tremblent en appuyant sur la sonnette de la porte de la maison de Madame Robinot. Julie soudain a peur de la réaction de cette dernière et invite Manu à se cacher sur le côté le temps qu’elle lui apprenne la nouvelle en douceur.

Manu s’exécute sans broncher. En vérité lui aussi à peur. Il n’a pas vu sa maman depuis 15 ans, il a grandi, il a 20 ans désormais et se demande si sa maman l’aime toujours autant.

La porte s’ouvre.

- Ha Julie, je ne vous attendais plus. Il est presque 18 heures. Vous deviez venir dans la matinée.

Julie avait totalement oublié que le temps avait du lui aussi s’écouler dans le puits.

- C’est que Madame, j’ai une nouvelle à vous annoncer. En venant ici ce matin, en chemin, je me suis arrêtée près du puits du n° 7 et…

- Entrez Julie, ne restez pas dehors, racontez moi tout je vais vous faire une tisane.

Julie se retourne, fait signe à Manu d’attendre…. Depuis le temps il attendra bien un peu encore !

Julie s’installe dans le canapé près de la grande baie vitrée qui donne sur un petit jardin pas très bien entretenu, au vu sans doute de l’immense tristesse qui habite la pauvre femme depuis tant d’année. Julie se met à parler. Elle parle, elle parle, elle raconte tout à la femme, sans lui laisser le temps de placer un mot.

Quand elle a terminé elle dit.

- voilà toute l’histoire madame.

- Il est là ?

- oui.

- Il est là ? mais où ? ho mon dieu, j’avais raison ? il est bien vivant ? Il est là ?

- Je vais le chercher, il a changé il a 20 ans, il est beau, il est gentil, il a peur, il a très peur que vous ne l’aimiez plus. C’est qu’il a fait une grosse sottise en se penchant au-dessus de ce puits.

- Allez donc le chercher ce garnement que je puisse enfin le serrer dans mes bras. Il m’a tant manqué.

Julie sort, prend la main de Manu, le fait entrer dans la maison.

Il reconnaît tout de suite les lieux. Rien n’a changé, tout est resté comme quand il est parti. Rien a changé sauf sa maman.

- Comme elle est ridée se dit-il. Elle a du pleurer et souffrir durant toutes ces années.

- mon garçon, mon fils, dit-elle en lui tendant les bras. Elle pleure à chaudes larmes mais son visage paraît se lisser à nouveau. Les rides disparaissent comme par enchantement. Elle ne paraît plus 80 ans, mais 60, comme son âge actuel.

- maman, pardon, maman, je te demande pardon

- je n’ai rien à te pardonner mon enfant, je t’aime.

Durant de longues minutes ils ne purent se détacher l’un de l’autre. Enlacés, ils pleurent, ils parlent, ils se disent ce qu’ils n’ont pu se dire pendant 15 ans.

Julie assiste à la scène en silence. Elle pleure discrètement pour ne pas troubler les retrouvailles.

- j’ai donc un drôle de pouvoir se dit-elle. J’ai pu retrouver quelqu’un disparu depuis 15 ans, sans aucun problème. Le seul hic c’est que personne ne me croira quand je raconterai cette histoire abracadabrante. On me prendra certainement pour une folle ! Comme Tante Jeanne ! Je comprends mieux désormais toute l’histoire de ma famille.

Lorsque Manu et sa mère purent enfin se détacher l’un de l’autre, ils décidèrent tous les trois d’aller rendre visite à Anémone et à la tante Jeanne, en faisant un détour vers la mare.

Julie et Manu restèrent longtemps près de la mare, assis sur l’épais tapis de mousse, enlacés, sans un mot….

Ils se demandèrent tous les deux s’ils s’étaient endormis, s’ils avaient rêvé, s’ils ne s’étaient pas rencontrés autrement……

Epilogue

Une chose est certaine, Julie était bien malade, elle avait été admise à l’hôpital de Bodélio à Lorient un matin en catastrophe, dans un coma profond.

Son sommeil a duré plusieurs semaines durant lesquels personne ne pu dire si elle allait se réveiller un jour ou si elle s’était endormie à jamais !

Comment se sont vraiment rencontré Manu et Julie ? Cette histoire est elle inventée de toute pièce ou lui est-elle vraiment arrivée ?

A vous de me le dire, car encore aujourd’hui j’ai des doutes sur la véracité de ces propos. Elle m’a pourtant été conté, un soir d’été, par cette  jeune demoiselle. Je n’ai fait que rapporter les propos de Julie tels qu’elle me les a contés.

J’aime croire que cette histoire  est vraie. Les fantômes, les fées, les princes charmants, les jardins merveilleux, les oiseaux qui parlent, les crocus qui croquent……

Il est bien évident pour moi tout ceci me parait normal.

Pas à vous ?

En tous les cas La jolie Julie et le beau Manu vivent toujours à Guidel. Paul, le frère de Julie a vendu sa ferme dans le centre France et a remonté une exploitation dans la campagne de Guidel.

Quand à Julie et Manu ils sont entourés d’amour, ont deux enfants, qui leur ont donné à leur tour des petits enfants qui les combles. « Yann le péchou » et Monique la maraîchère existent bien, je les ai rencontrés. Les crabes de Yann sont délicieux, quand aux légumes de Monique, j’en mange chaque semaine !

J’ai aussi vu la mare du jardin de Jeanne….elle  ne m’a rien montré…sauf peut-être si je réfléchis bien….une drôle de petite grenouille avec un petit chapeau fleuri sur la tête, perchée sur un nénuphar, elle jouait du violon !

Mais ceci est une toute autre histoire que je vous conterai peut-être un autre jour.

Les rêves….rendent la vie belle. Il me plait donc à rêver, même si parfois je peux paraitre étrange, dans un autre monde.

Laissez-moi donc rêver…..

FIN

Annaïck

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L’étoile filante

L’étoile filante

C’est l’histoire d’une étoile très spéciale.
Quand on regarde dans le ciel, tout là-haut, les nuits sans nuage, on peut distinguer, des milliers d’étoiles qui se ressemblent toutes.

Mais celle-ci pourtant est très différentes des autres. Elle traverse le ciel de part en part sans répit, tandis que les autres semblent être accrochées comme des tableaux au mur.
C’est une étoile filante.
Et elle a une mission très claire. Attraper les âmes égarées et les distribuer à toutes les autres étoiles. Afin que ceux qui quittent la terre ne soient pas seuls ni trop perdus.
Et chaque nuit, la voilà qui s’éveille pour entamer une longue nuit de dure labeur.

Elle accueille les âmes des enfants d’abord et, pour ne pas les effrayer encore plus, elle chante tout le long de sa route les comptines qu’ils chantaient eux-mêmes avec leur papa et leur maman. C’est rassurant pour les chérubins et plus agréable de travailler en chanson.
Quand elle est bien chargée, elle dépose un à un les enfants, sur leur étoile. Il ne faut surtout pas se tromper. Car à chaque étoile correspond une famille. Et quand un petit est le premier à quitter la terre pour l’éternité, et bien une autre étoile naît. Et une nouvelle vie commence pour elle et pour l’enfant.

C’est ainsi que l’on peut entendre des cris de joie, des bravos, quand elle dépose quelqu’un, et qui retrouve les siens partis depuis longtemps.

Parfois elle s’attarde, contemple et écoute en silence ce qui se dit. C’est comme ça qu’elle reconnaît chacun par son prénom, et souvent en passant, leur lance une petite pluie de poussière d’étoiles, pour que dure le bonheur dans leur nouveau monde.

Elle ne dépose pas que des enfants vous vous en doutez bien. Il y a aussi le mari ou la femme, qui étaient séparés depuis si longtemps, que ce ne sont que soupirs et soulagement quand ils se retrouvent. Ils se prennent la main et plus jamais ne se quitteront désormais. C’est la plus belle récompense d’une vie bien menée sur terre ne trouvez-vous pas ?

Et les cousins, les cousines, parfois même les amis très proches qui n’ont personne ailleurs viennent passer un moment ensemble. S’ils le pouvaient, ils dresseraient une table gigantesque pour y faire un grand dîner parsemés de rires et de chansons.
Ils n’ont rien oublié de leur amour, leur amitié, les uns pour les autres, et ils ont tant de choses à se raconter, tant de moments oubliés à redécouvrir ensemble que l’éternité n’y suffirait pas pour tarir leurs émotions.

Beaucoup de gens sur terre, les vivants, sont bien plus morts qu’eux. Car ils ne croient en rien. Nombreux sont ceux qui riront de cette histoire, qui pour eux ne restera jamais qu’une banale histoire.
Mais moi j’y crois.
Et je peux vous affirmez que si vous regardez bien le ciel les nuits sans nuage, et bien sans doute, si vous y croyez suffisamment, vous la verrez l’étoile filante faire la tournée des âmes égarées.
Et si vous tendez bien l’oreille, peut-être aussi vous pourrez entendre la voix d’un proche qui s’en est allé trop tôt.
Alors comme moi, vous serez rassuré, et consolé de savoir que finalement rien est fini, tout est recommencement.

FIN

Annaïck

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Nestor le poisson rouge

Nestor le poisson rouge


Quoi de plus banal qu’un poisson rouge dans un bocal ?

Celui-ci est un peu étrange, enfin plutôt comique je devrais dire. Il appartient à deux enfants.
Ils sont plutôt gentils mais jamais ne s’occupent du petit poisson. Pas si petit que ça d’ailleurs. Il est rouge évidemment, son ventre est énorme et argenté. Ses nageoires sont plus longues que son corps et flottent gracieusement dans l’eau toujours pure du bocal.
C’est la maman qui encore une fois s’occupe du poisson, contrôle sa nourriture et le nettoie tous les 3 jours, pour que l’eau soit toujours propre et qu’il ne manque jamais d’oxygène. Dans le bocal il y a une banale plante verte en plastique, pas très belle mais elle fait partie du décor depuis l’arrivée de Nestor, alors on ne peut se résoudre à la jeter.

Le poisson n’est pas comme les autres. Il a quelque chose en plus. Il adore s’amuser.
Parfois, on peut le voir sauter, on entend « plouf ! », et il recommence ses acrobaties pour épater la galerie. Il fait des cabrioles gracieuses et s’élance du fond du bocal pour sauter par dessus la ridicule plante verte. Parfois aussi quand quelqu’un s’approche de lui, il sort sa petite bouche bien ronde de l’eau, pour réclamer à manger.
Même le chat n’en revient pas. Au début, le gros matou aurait bien voulu le déguster. Le poisson il adore ça, normal pour un chat.
Souvent il essayait de l’attraper avec sa grosse patte velue, mais Nestor est très rapide, et chaque fois, le matou s’en retournait bredouille.
Et chaque jour il retournait à la pêche et chaque fois il repartait sans avoir mangé le petit poisson rouge.
D’ailleurs Nestor, lui-même, riait de la mésaventure du pauvre chat, pas assez futé ni rapide pour l’attraper.
C’est ainsi que jour après jour ils se retrouvèrent pour le même rituel. L’un court devant la patte de l’autre. Ils ont largement eu le temps de se connaître, on pourrait même croire que parfois ils se parlent.
Aujourd’hui, le chat dort près du bocal, comme s’il voulait le surveiller au cas ou quelqu’un s’approche d’un peu trop près de son ami.

Voici donc Nestor qui fait son numéro de cirque dans son minuscule bocal.
Maman lui a même mis un toboggan, une balançoire, des cerceaux, et une petite grotte pour que de temps en temps il puisse se reposer en paix.
Il glisse sur le toboggan, prend son élan sur la balançoire et saute dans les cerceaux. Ça fait beaucoup rire les enfants, et tous ceux qui viennent l’admirer. même le chat participe au drôle de numéro, mais cette fois sans l’intention de manger son ami. Juste comme ça, pour faire rire les enfants.

Ainsi passe la vie de Nestor, ce drôle de petit poisson rouge, dans son bocal, avec sa petite plante en plastique.
Une vie de rêve pour lui, entouré d’enfants et de son ami le chat.

FIN

Annaïck

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Mon papa à moi

Mon papa à moi


Un bisou

Pour mon papa si doux

Deux bisous

Je me pends à son cou

Trois bisous

Je saute sur ses genoux

Quatre bisous

Nous faisons joujou

Ma petite main

Dans sa main de géant

Je n’ai plus peur de rien

 

Annaïck


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PETIT BOUCHON

PETIT BOUCHON

Petit bouchon vit dans un monde étrange. Un monde où flottent sur l’eau toutes sortes d’objets. Et pas seulement des objets, regarde bien…..là…..oui….ne vois-tu pas cette drôle de bestiole dans une minuscule coquille de noix ?
ç a ressemble à une bouteille, mais avec une tête d’animal !
Qu’est-ce que cela peut-il bien être ?
Hé ! Petit bouchon, toi qui vis dans ce drôle de monde, peux-tu nous dire ce que c’est ?
C’est ainsi que petit bouchon, commence à nous raconter une histoire très invraisemblable, un peu tirée par les cheveux, mais, après tout, n’est-ce pas bizarre d’écouter un petit bouchon raconter une histoire ?
Il y a de cela très longtemps, sans doute des millions d’années, les humains, ne faisaient pas du tout attention à ce qui les entourait ! Ils achetaient et consommaient bien plus qu’ils n’en avaient besoin. Evidemment, après avoir, mangé ou utilisé les objets achetés, ils les jetaient un peu partout dans la nature…
Les navires déversaient les ordures dans les océans, si purs, d’un bleu si transparent, qu’on pouvait y voir le fond, et les jolis poissons nager, et faire des cabrioles pour s’amuser…
Bientôt, on ne vit plus le fond des océans, et l’eau devient noire, triste et froide. Les poissons désertèrent les lieux, et se transformèrent peu à peu. Pour certains, de petites pattes remplacent les nageoires, pour d’autres, des oreilles, un nez, et une bouche, ainsi que des cheveux, poussent sur la tête….
Comme c’est étrange !
Le monde sous marin disparaît sous les détritus des hommes….
Les poissons maintenant, ne ressemblent plus vraiment à des poissons. Oh bien sur, ils ont encore leurs écailles, et leurs yeux tout ronds et brillants…ils ont aussi, pour certains, gardés leurs couleurs chatoyantes, un peu comme un arc-en-ciel !
Les voici qui sortent de l’eau pour visiter le monde, et trouver un endroit où vivre, un endroit propre, où il fait bon se reposer….
Mais, ho surprise, ici, tout n’est que désolation, papiers sales, bouteilles vides, boîtes de conserves, carcasses de voitures, plastiques en tout genre, et j’en passe….il y a tellement d’ordures sur cette terre, que nos drôles de « poissons-humains », se demandent comment faire pour rendre cet endroit plus accueillant….
C’est ainsi qu’ils commencent à transformer les objets, et se transforment encore à leur tour ! Regarde ! ici, un lapin sur le dos d’un âne, et encore une tortue, qui à des pattes aussi longues qu’un flamant rose ! Tout le monde s’active, on construit, on nettoie, on range, on aménage les objets en maisons flottantes, pour pouvoir retourner sur l’eau prochainement….
Un lion entre dans une bouteille de verre, simplement la tête dépasse. Ce n’est pas possible ?
SI BIEN SUR ! Puisque petit bouchon le dit, c’est que cela est vrai !
De plus, la bouteille où se trouve le lion, est hissée par les pélicans sur une minuscule coquille de noix ! Tiens, c’est l’étrange animal du début de l’histoire !
Et voilà ! Ca usine, ça travaille dur et le résultat ne se fait pas attendre : la terre sent bon ! Elle est si chaude, si belle, les arbres se couvrent de mille feuilles, les fleurs sortent de terre, il y a des couleurs et des odeurs partout ! Les oiseaux pondent des œufs, les animaux reviennent à leur tour en couple…. Je crois que la vie reprend le dessus, nous dit petit bouchon !
Les drôles d’animaux, n’ont pas terminé ! Ils leur faut retourner sur l’eau, tout nettoyer, rincer cette eau sale, pour qu’elle retrouve son bleu transparent, et qu’ils puissent retourner jouer ensemble, et retrouver leur allure de poisson !
Au bout de quelque temps, quand ils eurent fini leur tâche, ils se sentirent bien fatigués, et n’eurent qu’une pensée :
Et si les hommes recommencent ? Si cela ne leur à pas suffit de leçon ?
Pour le savoir, et bien il faudra que tous les enfants du monde, montrent l’exemple « aux grands » qui sont si irresponsables. Plus un papier de bonbon, ni un chewing-gum par terre. Cela paraît peut-être peu, mais c’est ainsi que commence l’apprentissage du respect de la vie….

FIN

 ANNAICK

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Petite main

Petite main


Une petite main qui fait coucou
Une petite main douce et tiède
Une petite main pour faire joujou

Un, le pouce toujours ok
Se dresse fièrement et te dis « ouai »
Deux, l’index montre avec affection
Combien il faut faire attention
Trois, le majeur n’a rien à apprendre
Puisque de tous les doigts il est le plus grand
Quatre, l’annulaire si fragile
Se coince partout, il n’est pas très agile
Cinq, l’auriculaire, petit riquiqui si mimi
Adore jouer à guiliguili

Un, deux, trois, quatre, cinq
Voici une petite main qui fait coucou
Une petite main douce et tiède
Une petite main qui fait joujou

Annaïck

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Pimprenelle et Gontran

Pimprenelle et Gontran

La princesse pimprenelle
A une jolie ombrelle
Une petite robe à bretelles
Elle sent bon la cannelle
Et la citronnelle

Le beau prince Gontran
Est très accueillant
Il a un sourire apaisant
Qui le rend délicieusement séduisant
Dans son habit de prince charmant

Pimprenelle la jolie princesse
Aime quand le soleil la caresse
Elle a une voix enchanteresse
Dont elle use tout en finesse
Pour enchanter les Vicomtesses

Gontran le bon prince
Habite une agréable province
Les habitants sont grands et minces
Les maisons ont des portes qui grincent
Et les crabes de la plage d’énormes pinces

Pimprenelle et Gontran sont amoureux
Que de roses dans les jardins merveilleux
Il n’y a que des gens heureux
Aucun peureux, que des rires joyeux
Dans le conté partout des bienheureux

Ils vécurent heureux et eurent pleins d’enfants bien à eux !

ANNAICK

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Rhino, l’attrape cœurs perdus

Rhino, l’attrape cœurs perdus

Tout le monde sait, ce qu’est un rhinocéros….
Une énorme bête, qui vit dans la savane Africaine, et dont il faut se méfier comme de la varicelle…..
Qui s’y frotte, s’y pique ! et Monsieur Rhino, à une corne gigantesque au bout du nez !
Le rhinocéros dont je veux vous conter l’histoire, n’est pas agressif. Il n’a même pas l’once d’une méchanceté dans le fond de l’œil !
C’est un grand et fort rhinocéros, tout gris, tout fripé, on dirait qu’il a 100 ans ! Sa corne est dorée. Il y a une bonne raison à cela : elle lui sert de lanterne quand la nuit tombe sur la savane.
C’est qu’il a une mission à remplir Monsieur Rhino, et ce, depuis le jour où il avait embroché par accident un petit enfant qui jouait à cache-cache avec sa petite sœur, une nuit d’été sans lune…
Ainsi pour le punir de son acte, accidentel, mais tout de même meurtrier, le bon dieu, lui donne une mission qu’il doit remplir de son mieux, s’il veut monter au ciel, quand le moment pour lui sera venu….

- « Monsieur Rhino », lui dit le seigneur, « il y a dans ce monde, beaucoup de cœurs perdus. Ils ont tous une chose en commun : ils ont un grand besoin d’amour !
Je ne peux malheureusement pas tous les attraper, certains refusent mon aide, ils ne savent pas qu’ils sont égarés…. Ils n’ont même jamais entendu de mots d’amour !
Tu vas donc m’aider à attraper ceux là !
Mais attention ! Ils sont rapides, agiles, et parfois agressifs ! il va te falloir ruser, en geste ou en parole, à toi de voir la meilleure façon de me les ramener » !

Voici donc, notre rhinocéros, qui se prépare à la tâche. Le seigneur qui veille, lui a colorié sa corne, couleur « or », pour l’éclairer la nuit.
Jamais rhino, n’a vu autant de cœur en dérive ! Parfois, un joli cœur, bien rouge, s’arrête à sa hauteur, et lui envoi un doux baiser avant de continuer sa route. Mais, rhino n’arrive toujours pas à attraper un de ceux qui sont malheureux !
Il saute, il court, il vire à droite, à gauche, il dérape, pendant au moins deux heures, jusqu’au moment où !
Hourra ! il en tient un. Il est énorme, et a un petit anneau par lequel Monsieur rhino, le tient, sur sa corne. Fièrement, il l’apporte au bon dieu, qui le félicite de son adresse, et lui recommande de continuer sa mission, afin de sauver le plus de cœurs perdus possible…
Au bout de la nuit, Monsieur rhino, qui semble tellement effrayant pour ceux qui ne le connaissent pas encore, est devenu l’ami et le soutien de presque tous les animaux de la savane….. non seulement il attrape les cœurs perdus et les ramène par dizaines au seigneur chaque matin, mais en chemin il a compris qu’il n’y a pas que les cœurs de la nuit à attraper, mais aussi, tout ceux qu’il croise en chemin. Aujourd’hui encore, il continue vaillamment à soutenir, à consoler, et surtout à aimer, sans honte, sans retenue, et fièrement, tous ceux qui croisent sa route……
Il est connu dans toute la savane, et bien plus loin encore, on écoute les légendes, qui racontent son histoire…..
Voilà, j’espère que vous avez bien compris la morale de cette histoire !
Aimez, aimez, encore et encore…. Et souvenez-vous bien du rhino et de son attrape cœurs perdus, quand vous doutez de votre amour !
Il y un rhino qui vous aime, vous aussi !

ANNAICK

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SOPHIE LA PETITE POULE

SOPHIE LA PETITE POULE

C’est l’histoire de Sophie la petite poule blanche. Elle cherche un amoureux. En fait, elle a déjà vu un mignon coquelet tout roux qui s’appelle Romano. Mais il ne s’intéresse pas à elle.
Elle est triste et ne comprend pas pourquoi ce beau mâle dédaigne ses avances.
C’est que Sophie a un problème, un gros problème pour une poule. Elle ne sait pas faire cot cot.

Vous rendez-vous compte ? un gros, un énorme problème pour elle. Et bien entendu dans ces moments là, il n’y a jamais personne pour vous aider, en cas de malheur.
Toute la basse-cour lui tourne le dos dès qu’elle s’aventure un peu trop près.
Le pire de tout, c’est qu’elle ne pond pas un seul œuf ! même pas un tout petit, au moins son honneur serait sauf. Mais non. Rien, jamais elle n’a fait un œuf.

La basse cour est grande, et tout le monde s’entend plutôt bien. On chante, on se taquine, ou bien encore on picore dans la même mangeoire. Au centre, un énorme chêne trône, c’est le refuge des coqs. Ses branches puissantes servent de perchoir aux volatiles et plus on se trouve haut perché, plus on a de l’importance. c’est vous dire que en bas, on fait tout ce qu’il faut pour devenir le plus beau et le plus fort pour gagner la plus haute branche.
Celle qui donnera le droit suprême de choisir sa poule avant tout le monde et aussi, de chanter le premier quand le soleil se lève.

Et devinez qui est le plus haut perché ? Notre beau Romano. Il chante comme un ténor d’opéra, il a une crête bien rouge et un bec orange, des plumes aux couleurs chatoyantes et brillantes. Assurément, c’est lui le seigneur de la basse-cour, et le coq le plus convoité parmi ses dames.

Evidemment Sophie, le regarde toujours, le bec toujours bien soigné, les plumes lissées soigneusement, elle est toujours impeccable. Mais elle ne sait toujours pas chanter. Alors Romano ne fait pas attention à elle. Il passe et repasse devant la belle sans jamais l’apercevoir. Sophie retient ses larmes mais elle est tenace et se dit qu’un jour, elle gagnera son cœur d’une façon ou d’une autre.
Un jour, un petit oiseau, une mésange je crois, toute bleue, fistson nid près du perchoir de Sophie. Les voici voisines, l’une qui chante comme une déesse et l’autre comme une casserole.
Mais elles deviennent amies et la jolie mésange bleue lui donne des cours de chant.
Ainsi, de jour en jour, Sophie chante, elle « cotte cotte » du matin au soir. Elle fait des progrès impensables. La mésange bleue elle même n’en revient pas ! c’est incroyable, impensable ! ce n’est plus un « cot cot »commun comme les autres poules, mais de son petit bec orange sort une mélodie si douce, si jolie que tous les coqs se battent pour espérer admirer la belle faire ses vocalises du petit jour jusqu’au coucher du soleil.

Romano n’est pas le plus fort, le plus beau oui mais pas le plus costaud, et il perd rapidement la place tant convoitée de la plus haute branche, du majestueux chêne.
Tans pis, il baisse la tête, et les plumes bien basses il va se cacher dans un coin pour essayer d’oublier la belle dame de ses rêves.

Mais Sophie, elle ne l’a pas oubliée, elle en rêve toujours autant, et d’un signe de tête négatif, elle refuse les avances de tous les autres coqs qui se présentent à elle afin d’obtenir un oui de sa part.
Bientôt elle se retrouve seule et elle est étonnée de ne pas encore avoir vu le beau Romano. Son prince, son cœur, ses espoirs d’amour éternels.
Alors Sophie se met à chanter, chanter, chanter encore et encore, elle chante pour que son prince vienne à elle.
Dans son coin Romano écoute la mélodie monter en lui, comme un poème, des frissons de bonheur le poussent à se lever et inconsciemment, il se dirige vers sa belle, l’élue de son cœur.

Elle est belle, il est superbe, ils se regardent un moment les yeux brillants, le plumage chatoyant, pas besoin de mot, juste elle chante et il écoute.

Depuis ce jour, toujours ils s’aiment, Sophie, pond les plus œufs de la basse-cour, et Romano, même s’il n’est plus sur la plus haute branche du chêne est le plus heureux des coqs.

On peut être fort et haut perché, on peut être petit et tout en bas de l’arbre, qu’importe pourvu que le bonheur sonne à votre porte. N’hésitez pas à l’ouvrir, ne laissez pas passer l’occasion de rendre l’amour à celui qui vous le donne.

FIN

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